La fermeture du détroit d’Ormuz depuis la fin du mois de février 2026 continue de provoquer des perturbations majeures dans le commerce maritime international. Si cette situation fragilise les chaînes d’approvisionnement énergétiques de nombreux pays importateurs, dont le Togo, elle crée également de nouvelles opportunités pour certains ports africains, notamment le Port autonome de Lomé.
Face à la dégradation de la situation sécuritaire dans cette zone stratégique reliant le golfe Persique aux marchés mondiaux, plusieurs grandes compagnies maritimes ont revu leurs itinéraires. Cette réorganisation du trafic international a entraîné un transfert d’une partie des flux vers les routes maritimes longeant la façade atlantique africaine.
Les statistiques du système Portwatch du Fonds monétaire international montrent une hausse significative du nombre de porte-conteneurs passant par le cap de Bonne-Espérance. Entre mars et avril 2026, une vingtaine de navires de ce type empruntaient quotidiennement cette route, contre seulement six sur la même période trois ans auparavant. À l’inverse, le trafic transitant par Bab-el-Mandeb et le canal de Suez a fortement diminué.
Les principaux acteurs mondiaux du transport maritime, dont Maersk, MSC, CMA CGM et Hapag-Lloyd, ont réduit ou suspendu leurs opérations sur plusieurs corridors maritimes exposés aux risques sécuritaires. Cette décision a contribué à une augmentation des coûts de transport et à un allongement des délais de livraison sur les grandes routes commerciales reliant l’Asie à l’Europe.
Selon les données du secteur, les tarifs du fret maritime ont progressé en moyenne de 14 % en avril 2026 par rapport à la même période de l’année précédente. Les temps de transit se sont également allongés d’environ deux semaines, obligeant les compagnies à mobiliser davantage de navires et de carburant pour maintenir leurs services.
Dans ce contexte, le Port autonome de Lomé profite du repositionnement des flux logistiques. Situé sur la côte ouest-africaine, il joue un rôle clé dans le transbordement des marchandises destinées aux marchés régionaux. Les cargaisons arrivant par les grandes lignes maritimes sont ensuite redistribuées vers d’autres ports grâce à des navires de plus petite capacité.
Les autorités togolaises estiment que cette nouvelle configuration du commerce maritime international renforce l’attractivité de la plateforme portuaire de Lomé. Le ministre délégué chargé de l’Économie maritime, Edem Kokou Tengue, a notamment souligné que l’insécurité dans le détroit d’Ormuz avait favorisé le retour de plusieurs compagnies maritimes vers des itinéraires alternatifs passant par l’Afrique.
Cette évolution intervient alors que le Port de Lomé consolide sa position parmi les principaux hubs logistiques du continent. En 2024, plus de 30 millions de tonnes de marchandises y ont été traitées, tandis que le trafic annuel dépasse les deux millions de conteneurs équivalents vingt pieds. Le port joue également un rôle stratégique dans l’approvisionnement des pays sahéliens, notamment le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Toutefois, les retombées de la crise ne sont pas exclusivement positives pour l’économie togolaise. Les tensions géopolitiques continuent d’exercer une pression sur les marchés énergétiques mondiaux, contribuant à la hausse des prix des produits pétroliers. À cela s’ajoutent les surtaxes appliquées par certains armateurs, qui augmentent les coûts d’importation et de transport.
La situation actuelle met ainsi en évidence un double effet pour le Togo : d’un côté, elle renforce le rôle stratégique du Port de Lomé dans les échanges régionaux et internationaux ; de l’autre, elle accentue les pressions économiques liées à l’augmentation des coûts énergétiques et logistiques.
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