Lamoussa Daouda Sorgho, Expert Sénior Agréé en Économie Numérique, livre une analyse lucide des défis de la transition digitale au Burkina Faso. Pour lui, le pays doit repenser en profondeur son modèle d’infrastructure numérique, en misant sur le stockage et l’hébergement locaux, tout en instaurant une gouvernance digitale centralisée et cohérente.
L’économie numérique : un parcours logique et passionné
Interrogé par Burkina 24, M. Sorgho explique que son orientation vers le numérique est le fruit d’un parcours professionnel ancré dans la finance et la technologie.
« J’ai eu à conduire des responsabilités dans des entreprises du secteur financier. Les projets que j’ai dirigés m’ont naturellement conduit vers l’économie numérique », confie-t-il.
Les freins majeurs de la transformation digitale
Pour l’expert, le problème n’est pas tant l’absence d’initiatives que leur manque de coordination.
Il identifie quatre leviers essentiels :
- L’infrastructure numérique : il faut dépasser la simple question d’accès pour intégrer le stockage, le traitement et l’hébergement des données localement.
- La confiance numérique : renforcer la cybersécurité et la communication pour instaurer la confiance entre usagers et services publics.
- Le marketing des services publics : mieux informer les citoyens sur les services digitaux existants.
- La stratégie et la politique sectorielle : instaurer une gouvernance d’autorité capable de coordonner toutes les initiatives.
« Quand il n’y a pas de politique sectorielle imposée d’autorité, on se retrouve dans une cacophonie », avertit Sorgho.
Une méthodologie nationale pour une stratégie digitale cohérente
Selon lui, le Burkina Faso doit bâtir une vision claire et des stratégies sectorielles (agriculture, santé, éducation), portées par les ministères concernés.
« L’État doit ordonner, coordonner et optimiser les efforts publics et privés pour tirer le meilleur du digital. »
Inclusion numérique et infrastructures
Pour réduire la fracture numérique, Sorgho appelle à un engagement public fort.
« Les opérateurs privés ne peuvent pas tout faire. L’État doit accompagner les investissements dans les zones non rentables, pour résorber la discontinuité des données », explique-t-il.
Gouvernance numérique et efficacité institutionnelle
Une gouvernance numérique forte est, selon lui, le pilier d’une administration moderne.
« La gouvernance, c’est discipliner, coordonner et créer de la cohérence. Sans cela, les institutions fonctionnent en silos », déclare-t-il.
Le rôle stratégique des DSI
Les Directeurs des Systèmes d’Information (DSI) doivent devenir de véritables leaders de l’innovation et du changement organisationnel.
« Le DSI doit comprendre la stratégie de son entreprise, parler le langage du management et projeter la vision sur le digital. Ce n’est plus un technicien, mais un stratège », insiste-t-il.
L’impact des technologies émergentes
Pour Sorgho, l’intelligence artificielle (IA) aura un impact décisif sur l’économie burkinabè.
« L’IA est déjà là. Il faut apprendre à concevoir, à penser et à piloter son intégration pour créer de la valeur », affirme-t-il, saluant les initiatives récentes du ministère en charge du digital.
Un message fort à la jeunesse et aux décideurs
L’expert invite les jeunes à s’ancrer dans la réflexion et la maîtrise technologique, et les décideurs à adopter une approche stratégique.
« Le jour où il n’y a pas de réseau, certains ne pourront même pas faire une table de multiplication. Il faut se former, réfléchir et concevoir nos propres solutions. »
Un mot de remerciement
Lamoussa Daouda Sorgho remercie l’Agence pour la Promotion de l’Expertise Nationale (APEN) et Burkina 24 pour leur engagement dans la valorisation des compétences nationales.