Comment la Chine est-elle passée, en quelques décennies seulement, du statut de pays pauvre à celui de deuxième puissance économique mondiale ? Cette question revient souvent dans les échanges entre intellectuels, étudiants et observateurs africains intéressés par l’évolution spectaculaire du géant asiatique.
Au-delà des gratte-ciel, des trains à grande vitesse ou des zones industrielles modernes, la réponse réside surtout dans la logique politique et idéologique qui a accompagné la transformation du pays.
À travers une réflexion présentée lors d’une conférence organisée par le Mémorial Thomas Sankara, l’auteure revient sur trois piliers de la modernisation chinoise : la sinisation du marxisme, la ligne de masse et le front uni.
La sinisation du marxisme : construire un modèle adapté à ses réalités
Depuis sa création il y a plus d’un siècle, le Parti communiste chinois (PCC) s’est appuyé sur le marxisme comme base idéologique tout en adaptant cette pensée aux réalités chinoises.
Cette adaptation progressive a donné naissance à plusieurs doctrines politiques majeures, notamment :
- La pensée Mao Zedong
- La théorie Deng Xiaoping
- La théorie de la Triple Représentation
- La Conception scientifique du développement
- La pensée Xi Jinping du socialisme à la chinoise de la nouvelle ère
Selon l’analyse développée, la Chine n’a jamais cherché à copier mécaniquement un modèle étranger.
Le tournant des réformes économiques
Après des décennies d’économie planifiée inspirée du modèle soviétique, la Chine a amorcé un tournant historique en 1978 sous l’impulsion de Deng Xiaoping.
Le pays a alors adopté une économie de marché socialiste ouverte au commerce international et aux investissements étrangers.
La célèbre formule de Deng Xiaoping résume cette approche pragmatique :
« Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape les souris. »
Grâce aux réformes économiques et à l’ouverture internationale, la Chine est passée :
- Du 11e rang économique mondial au 2e rang
- D’un PIB par habitant de 156 dollars à plus de 12 000 dollars
- Au statut de premier exportateur et premier pays manufacturier mondial
Aujourd’hui, la Chine contribue à plus de 30 % de la croissance économique mondiale.
Thomas Sankara et la logique du développement concret
Le texte établit également un parallèle avec la pensée du Thomas Sankara.
L’ancien président burkinabè affirmait que toute révolution devait améliorer concrètement la vie du peuple à travers :
- L’accès à l’eau
- L’alimentation
- L’éducation
- La dignité
Cette vision rejoint, selon l’auteure, la logique chinoise selon laquelle une théorie politique n’a de valeur que si elle répond aux besoins réels de la population.
La ligne de masse : placer le peuple au centre
Deuxième pilier de la modernisation chinoise : la ligne de masse.
Cette philosophie politique du Parti communiste chinois repose sur plusieurs principes :
- Tout pour le peuple
- S’appuyer sur le peuple
- Partir des réalités du peuple
- Tester les politiques auprès du peuple
Lutte contre la pauvreté : un exemple majeur
L’un des exemples les plus marquants reste l’élimination de l’extrême pauvreté.
En huit ans, la Chine affirme avoir sorti près de 100 millions de personnes rurales de la pauvreté, atteignant avec dix ans d’avance les objectifs des Nations Unies liés au développement durable.
Des millions de cadres ont été envoyés dans les villages pour :
- Identifier les besoins réels des familles
- Élaborer des solutions adaptées
- Accompagner directement les populations
Des infrastructures pensées pour les citoyens
La Chine possède aujourd’hui :
- Le plus vaste réseau ferroviaire à grande vitesse du monde
- Le plus grand réseau autoroutier mondial
Ces infrastructures visent à faciliter :
- L’accès aux soins
- Les déplacements commerciaux
- Les démarches administratives
- Le développement économique des régions reculées
L’espérance de vie moyenne est ainsi passée de 67 ans en 1978 à 78,6 ans en 2024.
Une démocratie centrée sur la participation populaire
Le texte met également en avant le modèle chinois de « démocratie populaire intégrale ».
Selon cette approche, les citoyens participent aux décisions publiques à travers :
- Les consultations locales
- Les réunions communautaires
- Les plateformes numériques
- Les assemblées populaires
Chaque année, des millions de propositions citoyennes concernant la santé, l’éducation ou les retraites sont transmises aux décideurs politiques.
Le front uni : élargir le cercle des partenaires
Troisième pilier évoqué : le front uni.
Cette stratégie repose sur une idée simple :
Unir toutes les forces qui peuvent l’être.
Selon cette logique, le développement d’un pays nécessite :
- Des alliances
- La coopération internationale
- La recherche d’intérêts communs
La Chine affirme ainsi privilégier :
- Le multilatéralisme
- Le développement partagé
- La coopération gagnant-gagnant
- Le respect de la souveraineté des États
La coopération sino-africaine en pleine expansion
Le texte insiste particulièrement sur les relations entre la Chine et l’Afrique.
Depuis plusieurs années, Chine reste le premier partenaire commercial du continent africain.
En 2025 :
- Les échanges commerciaux sino-africains ont atteint 348 milliards de dollars
- La Chine a maintenu une politique de soutien aux infrastructures africaines
- Plus de 150 pays participent à l’initiative « Ceinture et Route »
Parmi les grands projets cités figurent :
- Le chemin de fer Mombasa-Nairobi au Kenya
- La ligne Addis-Abeba–Djibouti
- Le port de Djibouti
Vers un renforcement des relations Chine–Burkina Faso
Le texte rappelle également que la Chine et le Burkina Faso célébreront bientôt le huitième anniversaire du rétablissement de leurs relations diplomatiques.
La Chine affirme vouloir :
- Renforcer la coopération économique
- Encourager les investissements chinois au Burkina Faso
- Accueillir davantage d’étudiants burkinabè
- Développer les échanges culturels et académiques
Le partenariat entre les deux pays est présenté comme fondé sur :
- Le respect mutuel
- La souveraineté
- La coopération gagnant-gagnant
- Le développement partagé
Une modernisation centrée sur l’indépendance et le peuple
À travers cette réflexion, la modernisation chinoise apparaît comme un modèle basé sur :
- L’adaptation aux réalités nationales
- Le pragmatisme économique
- L’implication populaire
- La coopération internationale
L’analyse souligne qu’aucun modèle universel ne peut être appliqué mécaniquement à tous les pays.
Pour la Chine, chaque nation doit construire sa propre voie de développement en fonction de son histoire, de sa culture et des aspirations de son peuple.
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