Face à la perte progressive de son influence au Sahel, la France cherche à renforcer ses relations avec les pays d’Afrique de l’Ouest qui demeurent des partenaires stratégiques, notamment le Togo. Toutefois, Paris doit composer avec un allié qui mène sa propre politique et défend avant tout ses intérêts nationaux.
Dans ce contexte, la récente visite du ministre français des Affaires étrangères à Lomé revêt une importance particulière. Aucun chef de la diplomatie française ne s’était rendu au Togo depuis près de deux décennies, une absence que les autorités françaises souhaitaient corriger alors que la région est confrontée à la menace croissante des groupes jihadistes et à l’expansion de l’influence russe.
Les relations entre Paris et Lomé avaient connu une période de refroidissement après l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé en 2005, à la suite du décès de son père, Gnassingbé Eyadéma. Les conditions de cette succession avaient suscité de nombreuses critiques sur le plan démocratique, plaçant la France dans une situation diplomatique délicate.
Vingt ans plus tard, Faure Gnassingbé reste à la tête du pays. La réforme constitutionnelle adoptée en 2024 a par ailleurs modifié le paysage politique togolais, renforçant sa position au sommet de l’État sans limitation stricte du nombre de mandats.
Parallèlement, les bouleversements géopolitiques observés dans la région ont poussé la France à revoir sa stratégie africaine. Les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger entre 2020 et 2023 ont profondément modifié les équilibres régionaux.
Les autorités militaires qui ont pris le pouvoir dans ces pays ont obtenu le départ des forces françaises et ont progressivement pris leurs distances avec Paris. Dans le même temps, elles ont développé de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie, réduisant davantage l’influence française dans une zone longtemps considérée comme stratégique.
Dans ce contexte de recomposition régionale, le Togo apparaît comme l’un des rares partenaires avec lesquels la France tente de consolider ses liens. Mais Lomé entend préserver son autonomie diplomatique et poursuivre une politique étrangère équilibrée, sans s’aligner totalement sur les priorités françaises.