À Gati, dans la préfecture de Zio, l’essor fulgurant des usines de recyclage de batteries fait naître un inquiétant paradoxe : derrière la promesse d’une « économie verte » se cache une crise environnementale majeure. Les géants indiens du secteur – Mettogo, Star Metal, Gravita et d’autres – sont pointés du doigt pour des émissions polluantes qui bouleversent le quotidien des populations.
Depuis plusieurs mois, les habitants de Gati vivent au rythme d’une odeur âcre qui envahit maisons, écoles, commerces et même lieux de culte. Dès l’aube, l’air devient lourd, irritant, parfois suffocant. « Respirer devient difficile. On tombe malade, on tousse sans arrêt », raconte un jeune garçon rencontré près de son père. Les familles affirment que cette pollution vient principalement des fumées dégagées par Mettogo, une usine spécialisée dans le recyclage du plomb.
Malgré les portes fermées et les fenêtres calfeutrées, l’odeur traverse tout. « Même à l’église, ce matin, l’air était irrespirable », témoigne une vendeuse. À certains moments, notamment entre 3 h et 5 h du matin, les habitants disent étouffer sous l’intensité des émanations.
Un risque sanitaire grave et reconnu
Les experts alertent depuis longtemps sur les dangers du plomb, particulièrement pour les enfants et les femmes enceintes. L’OMS classe cette contamination comme un problème de santé publique majeur, susceptible d’entraîner troubles neurologiques, retards de développement, maladies rénales, anémie, voire des atteintes irréversibles du cerveau chez les plus jeunes.
En 2019, l’organisation estimait que l’exposition au plomb avait causé près de 900 000 décès dans le monde. Les usines de recyclage mal contrôlées figurent parmi les sources les plus dangereuses.
Le Togo, nouvel eldorado du recyclage du plomb
Depuis quelques années, les usines indiennes se multiplient au Togo, attirées par un marché en pleine expansion : recyclage de batteries usagées, fonte de plomb et d’aluminium destinés à l’exportation.
Parmi ces acteurs, Gravita Togo SAU, filiale du groupe indien Gravita India Limited, occupe une place de choix. Implantée en 2021 à Lilikope, elle exporte chaque année des milliers de tonnes de métaux vers l’Asie.
Mais son expansion s’accompagne de nombreuses critiques. Une enquête de The Examination, publiée en 2023, dénonçait le non-respect des normes de sécurité au Sénégal, au Ghana ou encore en Inde. Les impacts environnementaux y sont décrits comme comparables à un « Tchernobyl local ».
Un secteur lucratif, mais très polluant
Le recyclage des batteries est considéré par certains experts comme l’une des activités industrielles les plus polluantes au monde. Les fumées, poussières et eaux contaminées peuvent affecter sols, rivières et organismes humains sur plusieurs générations.
Pour les habitants de Gati, la réalité est visible chaque jour : l’air brûle les yeux, les enfants tombent malades et la peur des effets à long terme grandit. Beaucoup réclament une surveillance stricte, des normes renforcées et des mesures urgentes pour protéger leur santé.