Face aux défis persistants de la malnutrition et des carences nutritionnelles au Burkina Faso, de nouvelles approches scientifiques viennent compléter les méthodes classiques. Deux jeunes nutritionnistes burkinabè, Wendata Rachidatou Yampa et Patrick Armel Bado, reviennent d’une formation spécialisée au Maroc sur l’utilisation des techniques nucléaires en nutrition humaine, avec l’ambition de mettre cette expertise innovante au service de la santé publique nationale.
Une formation de haut niveau soutenue par l’AIEA
Les deux spécialistes ont bénéficié d’une bourse de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avec l’appui des autorités burkinabè, leur permettant de suivre un cursus de deux ans à l’Université internationale de Rabat. Cette formation, encore peu connue du grand public, constitue pourtant un levier stratégique pour améliorer les politiques de nutrition et de santé publique.
« Nous remercions les premières autorités du Burkina Faso ainsi que l’AIEA pour cette opportunité. La formation a été très enrichissante, car les techniques nucléaires restent un domaine encore méconnu. Même nous, au départ, nous ne savions pas exactement à quoi nous attendre », confie Wendata Rachidatou Yampa.
À leur arrivée au Maroc, les deux nutritionnistes ont été confrontés à des outils scientifiques de pointe et à des méthodes innovantes permettant d’obtenir des données précises sur l’état nutritionnel des populations.
Les techniques isotopiques au service de politiques nutritionnelles plus efficaces
Selon Wendata Rachidatou Yampa, les techniques nucléaires, notamment isotopiques, offrent des informations fiables qui facilitent la prise de décision en matière de nutrition.
« Grâce aux techniques isotopiques, on peut réorienter nos stratégies et mieux décider. Elles constituent un véritable appui aux politiques publiques dans le domaine de la nutrition », explique-t-elle.
Ces méthodes permettent notamment d’évaluer avec précision la composition corporelle, en analysant les différents compartiments du corps humain. Contrairement aux indicateurs traditionnels comme l’anthropométrie, ces techniques fournissent des données plus complètes sur l’état nutritionnel réel des individus.
Une meilleure évaluation des besoins nutritionnels et des pratiques alimentaires
Pour Patrick Armel Bado, les applications de ces techniques en nutrition humaine sont nombreuses. Il souligne que l’évaluation de la dépense énergétique constitue l’un des principaux atouts de ces méthodes.
« Cette dépense dépend à la fois de l’alimentation, de l’activité physique et de l’énergie consommée au repos. Ces données sont essentielles pour proposer des régimes alimentaires adaptés aux besoins réels des populations », précise-t-il.
Les techniques isotopiques permettent également d’analyser les pratiques d’alimentation maternelle, notamment pour mesurer avec précision le taux d’allaitement maternel exclusif dans une population donnée. Contrairement aux méthodes basées sur les questionnaires, ces analyses offrent des résultats plus fiables.
Un outil clé pour lutter contre les carences en micronutriments
Ces technologies contribuent aussi à l’évaluation du statut en vitamine A, dont la carence peut provoquer des troubles graves tels que la cécité, le retard de croissance et certaines complications comportementales.
Elles sont également utilisées pour analyser les carences en micronutriments comme le fer et le zinc, qui constituent des enjeux majeurs de santé publique au Burkina Faso.
« La carence en fer, notamment l’anémie, demeure un problème majeur. Les techniques isotopiques permettent de vérifier si les fortifiants utilisés sont réellement biodisponibles et efficaces selon nos habitudes alimentaires », explique Patrick Armel Bado.
Par ailleurs, ces techniques facilitent la détection de certaines infections, comme l’infection à Helicobacter pylori, responsable de troubles gastriques pouvant évoluer vers un cancer de l’estomac. Grâce à l’utilisation d’un isotope stable du carbone 13, cette infection peut être détectée simplement à partir du souffle du patient.
Enfin, elles permettent d’évaluer la qualité nutritionnelle et la biodisponibilité des protéines d’origine végétale, de plus en plus promues dans les stratégies alimentaires durables.
Une expertise prometteuse pour la santé publique au Burkina Faso
De retour au Burkina Faso, Wendata Rachidatou Yampa et Patrick Armel Bado souhaitent mettre leurs compétences au service du pays. Leur objectif est d’accompagner les structures sanitaires, les organisations non gouvernementales et les programmes nationaux de nutrition dans l’intégration de ces approches innovantes.
« L’objectif de cette formation était clair : former des spécialistes capables d’apporter une valeur ajoutée dans chaque pays », affirme Patrick Armel Bado.
Les deux nutritionnistes considèrent ces techniques comme un complément aux méthodes traditionnelles et espèrent qu’elles seront progressivement intégrées dans les politiques nationales de santé et de nutrition.
Leur expertise représente une avancée scientifique majeure dans la lutte contre la malnutrition et les carences nutritionnelles, qui demeurent des défis importants pour le système de santé burkinabè.