Le Togo tente de tirer parti de ses relations avec la France et la Russie, tout en conservant sa liberté d’action régionale. Après l’échec du coup d’État au Bénin le 7 décembre, le chef rebelle Pascal Tigri aurait trouvé refuge temporaire au Togo avant de se rendre probablement au Burkina Faso ou au Niger. Le rôle exact du Togo dans cette affaire reste flou, illustrant sa capacité à naviguer habilement entre partenaires internationaux concurrents sous la direction de Faure Gnassingbé.
Lomé entretient des liens prudents avec le Bénin tout en affichant un soutien ouvert à certains régimes militaires sahéliens dissidents, notamment au Burkina Faso, au Niger et au Mali. Cette diplomatie équilibrée rappelle à la France que le Togo a d’autres options internationales. En octobre, Faure Gnassingbé s’est rendu à Paris pour rencontrer Emmanuel Macron, avant de se rendre trois semaines plus tard à Moscou pour sceller un accord de coopération militaire avec la Russie. Cet accord prévoit des exercices conjoints et l’accès des navires russes au port en eau profonde de Lomé, sans base militaire permanente russe, et s’accompagne d’une coopération économique et de la réouverture des ambassades, fermées depuis les années 1990.
Dans un contexte régional complexe, le Togo affirme vouloir entretenir des relations diversifiées plutôt que de s’aligner exclusivement sur un bloc. Lomé reste un hub stratégique grâce à son port, son aéroport et ses infrastructures financières régionales. Le pays joue un rôle clé dans le corridor de transport Lagos-Abidjan et cherche à équilibrer ses liens avec les pays membres de la CEDEAO et l’Alliance des États sahéliens (AES).
Sur le plan intérieur, un changement constitutionnel en 2024 a transféré l’essentiel du pouvoir exécutif de la présidence au poste de Premier ministre, désormais appelé « président du conseil », sans limite de mandat. Cette réforme a permis à Gnassingbé de conserver le contrôle politique malgré la cession symbolique de la présidence à un loyaliste, ce qui a provoqué des manifestations rapidement réprimées. Des opposants, des journalistes et des figures publiques ont fait l’objet de pressions ou de menaces de poursuites, tandis que le gouvernement souligne la lutte contre la désinformation et la violence.
En septembre, le Parlement européen a appelé à la libération de prisonniers politiques, dont Abdoul Aziz Goma. Le gouvernement togolais a réaffirmé l’indépendance de son système judiciaire. Malgré cette stratégie internationale soigneusement calibrée, le mécontentement politique reste latent. Dans un geste récent, Gnassingbé a annoncé qu’il instruirait le ministre de la Justice d’examiner la libération de certains détenus, un signe que même le réseau diplomatique habile du Togo ne peut complètement apaiser les tensions internes.