Dans une analyse signée Jean-Paul Pougala, l’intellectuel camerounais explore les tensions autour des élections présidentielles du 12 octobre 2025, marquées par la réélection de Paul Biya, 92 ans, avec 53,66 % des voix, contre 35,19 % pour Issa Tchiroma Bakary. Ce dernier a immédiatement rejeté les résultats, dénonçant une « mascarade électorale » et soulignant des anomalies, notamment les scores élevés du président sortant dans les régions anglophones en guerre.
Selon Pougala, cette situation illustre la « théorie du conflit inégal », une approche issue de la sociologie politique qui analyse les déséquilibres structurels entre groupes dominants et dominés. Dans le cas camerounais, le pouvoir central dispose de moyens économiques, militaires et diplomatiques nettement supérieurs à ceux de l’opposition, perpétuant ainsi un rapport de domination asymétrique.
Cette théorie, héritée des travaux de Karl Marx, Max Weber et Pierre Bourdieu, met en lumière la manière dont les inégalités de pouvoir et de ressources alimentent des tensions sociales persistantes. Elle explique pourquoi, malgré des appels au changement, les rapports de force demeurent inchangés, souvent au profit des régimes soutenus par des alliés étrangers.
Pour Pougala, le soutien historique de Paris et Washington à Paul Biya — illustré par un prêt de 570 milliards de F CFA accordé avant l’élection — démontre la continuité de la Françafrique, où les décisions majeures sont influencées de l’extérieur. Cette dépendance structurelle empêche les nations africaines de bâtir une réelle souveraineté, car leurs économies ne produisent pas suffisamment de richesses pour financer leur indépendance politique.
L’auteur met en garde contre une escalade vers un conflit interne si la contestation politique se transforme en affrontement généralisé. Dans un tel scénario, les puissances étrangères pourraient chercher à maintenir un équilibre instable, empêchant toute victoire décisive d’un camp sur l’autre, et prolongeant ainsi la dépendance politique et économique du Cameroun.
En conclusion, Jean-Paul Pougala appelle les jeunes Africains à comprendre les dynamiques internationales du pouvoir, afin d’éviter de répéter les erreurs du passé et de construire des alternatives capables de rompre avec les schémas de domination hérités de la colonisation.