Les acteurs du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) au Togo ont mis en lumière les principales difficultés qui freinent le développement des entreprises nationales lors des premiers « Media Days » organisés récemment à Lomé par le Groupement National des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics du Togo (GNEBTP-Togo).
Placée sous le thème « Le BTP au cœur du développement : comprendre pour mieux agir », cette rencontre a rassemblé entrepreneurs, ingénieurs, architectes, laboratoires techniques et représentants des médias. L’objectif était de mieux faire connaître les réalités d’un secteur stratégique qui joue un rôle essentiel dans la réalisation des infrastructures et dans les investissements publics du pays.
Au cours des échanges, les professionnels ont souligné plusieurs obstacles majeurs, notamment la qualité insuffisante de certaines études techniques, les retards de paiement, les difficultés d’accès au financement bancaire, les contraintes liées aux marchés publics ainsi que la pression exercée sur les délais d’exécution des projets.
Selon les participants, les problèmes observés sur certains chantiers ne peuvent être imputés uniquement aux entreprises exécutantes. Ils rappellent qu’un projet de construction implique de nombreux intervenants, dont les maîtres d’ouvrage, bureaux d’études, organismes de contrôle, partenaires financiers et entreprises de réalisation. Toute défaillance au sein de cette chaîne peut avoir un impact direct sur les coûts, les délais et la qualité des ouvrages.
« Lorsqu’un chantier rencontre des difficultés, la responsabilité est souvent attribuée aux entreprises alors que plusieurs acteurs interviennent avant et pendant les travaux », a expliqué Jessika Matsima Tiliwa, secrétaire générale nationale du GNEBTP-Togo.
L’accès au financement demeure l’une des préoccupations majeures du secteur. Le président du GNEBTP-Togo, Yawo Agbessi Tsogbé, estime que les entreprises locales rencontrent de sérieuses difficultés pour obtenir des crédits bancaires malgré les garanties financières, assurances et cautions exigées avant le démarrage des projets. À cette situation s’ajoutent des retards de paiement qui fragilisent davantage leur trésorerie.
Face à ces contraintes, les professionnels plaident pour une meilleure intégration des PME dans les marchés publics, des études techniques plus rigoureuses, des délais de paiement réduits et un partenariat plus solide avec les institutions financières.
Pour les responsables du groupement, soutenir les entreprises du BTP revient à soutenir l’emploi, la croissance économique et le développement national. Ils estiment que le pays dispose des compétences techniques nécessaires, mais qu’un environnement plus favorable est indispensable pour renforcer la compétitivité du secteur.
Le BTP demeure en effet un pilier important de l’économie togolaise. D’après les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED), la branche construction a enregistré une progression de 16,9 % en 2025, contribuant significativement à la croissance du produit intérieur brut.
Les perspectives restent également favorables. Plusieurs institutions internationales estiment que les investissements privés et les projets industriels en cours, notamment autour de la Plateforme industrielle d’Adétikopé, devraient continuer à soutenir l’activité économique au cours des prochaines années.
Conscient des défis du secteur, le gouvernement a déjà engagé plusieurs réformes. Une réunion tenue en février 2026 entre les autorités et les professionnels du BTP a permis d’identifier plusieurs causes récurrentes des chantiers en difficulté, notamment les études techniques insuffisantes, les offres anormalement basses, les retards de paiement et certains conflits d’intérêts. Des mesures correctives, dont un audit des projets abandonnés et un recensement des marchés en souffrance, ont été annoncées.
Parallèlement, l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) poursuit la modernisation du système de passation des marchés à travers de nouveaux mécanismes réglementaires et le déploiement progressif de la plateforme électronique de gestion des marchés publics.
De son côté, le GNEBTP-Togo multiplie les initiatives pour renforcer les capacités des entreprises nationales. Le groupement a notamment développé des partenariats internationaux et encouragé la création de groupements d’entreprises afin d’améliorer leur compétitivité face à la concurrence étrangère sur les grands projets d’infrastructures.
À travers ces premiers « Media Days », le GNEBTP-Togo entend renforcer le dialogue entre les professionnels du secteur, les autorités publiques, les partenaires financiers et les médias. Une démarche qui vise à mieux faire comprendre les enjeux du BTP et son rôle central dans le développement économique et social du Togo.
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