Le Président du Conseil du Togo effectue un déplacement discret mais important à Moscou, dans un contexte international marqué par une forte polarisation. Cette mission a pour objectifs de renforcer la sécurité régionale, défendre des priorités africaines et négocier l’accès aux intrants agricoles, alors que les marchés mondiaux restent sous tension.
Cette visite s’inscrit dans la continuité d’une diplomatie d’équilibre que le Togo cultive depuis plusieurs années. Depuis la pandémie de COVID-19, le dirigeant togolais multiplie les consultations dans plusieurs capitales, de Rome à Abou Dhabi, en passant par Dakar et les pays du Sahel. Une démarche menée loin des projecteurs, mais qui vise à contribuer à la formation d’un cadre africain de coopération en matière de sécurité et de développement.
Au-delà de son mandat officiel de médiateur pour l’Union africaine, Faure Gnassingbé porte également les préoccupations de plusieurs dirigeants du continent. Selon des sources diplomatiques, cette mission repose sur une approche pragmatique : être à l’écoute de toutes les parties, maintenir une neutralité assumée et favoriser un dialogue sans confrontation idéologique. L’entourage du Président du Conseil souligne d’ailleurs que l’objectif n’est pas de rejoindre un camp, mais de trouver des partenaires capables de soutenir les priorités africaines.
La sécurité au Sahel occupe une place centrale dans les discussions. Pour Lomé, la menace ne se limite plus aux zones sahéliennes : elle s’étend vers le Golfe de Guinée, avec une intensification des flux migratoires irréguliers, des trafics et une pression croissante des groupes armés. Face à cette réalité, le Togo estime nécessaire de dialoguer avec tous les acteurs pouvant contribuer à la stabilisation, y compris la Russie, devenue incontournable dans plusieurs dossiers régionaux.
L’économie et l’agriculture constituent l’autre volet majeur de cette visite. L’Afrique de l’Ouest, confrontée à des coûts élevés pour les fertilisants, cherche à sécuriser des approvisionnements à long terme. Le Togo, qui ambitionne d’installer une unité de production d’engrais, doit également résoudre des contraintes techniques, notamment liées au phosphate local. Des discussions portent donc sur des volumes préférentiels, un appui technologique et une coopération renforcée pour soutenir la chaîne de valeur agricole régionale.
Face aux critiques concernant un éventuel rapprochement unilatéral avec Moscou, l’entourage du dirigeant togolais rappelle que ce déplacement s’inscrit dans une série de consultations élargies incluant l’Europe, les États-Unis, l’Asie et plusieurs pays africains. L’objectif affiché est de bâtir un cadre de sécurité inclusif, où chaque partenaire peut contribuer selon ses moyens. Selon une source proche du dossier, se rendre à Moscou n’est donc pas un signe d’alignement, mais une étape nécessaire pour défendre les intérêts vitaux de millions d’Africains.
Le Président du Conseil poursuivra ses rencontres dans d’autres régions du monde avant de présenter une synthèse à ses homologues africains. À Lomé, son rôle s’est renforcé à travers des consultations régulières avec les dirigeants du Sénégal, du Burkina Faso ou encore du Niger. Sa capacité à maintenir des canaux de communication ouverts avec toutes les grandes capitales en fait aujourd’hui un interlocuteur fréquent et parfois recherché.
Ce déplacement à Moscou vise ainsi à approfondir les discussions sur la sécurité, l’agriculture, les engrais et la coopération économique. Il reflète la volonté du Togo de défendre une approche non alignée, tournée vers la stabilité régionale et la recherche de solutions concrètes. Pour Lomé, la priorité reste claire : associer l’ensemble des partenaires internationaux afin d’éviter que les fractures mondiales n’aggravent les vulnérabilités africaines.