Après plus de six décennies sans alternance politique, le débat sur l’avenir institutionnel du Togo reste au cœur des préoccupations nationales. Dans cette tribune, le journaliste Rodrigue Ahégo analyse les limites du système politique porté successivement par le RPT et l’UNIR, qu’il estime inadapté aux aspirations profondes des Togolais.
Selon l’auteur, l’histoire politique récente du pays est marquée par une continuité du pouvoir, transmise de génération en génération, sans véritable rupture démocratique. Malgré les changements d’appellation et de discours, le mode de gouvernance serait resté fondamentalement inchangé, laissant en suspens les attentes en matière de liberté, de justice sociale et de dignité citoyenne.
L’argument de la stabilité, souvent mis en avant par les autorités, est également remis en question. Pour Rodrigue Ahégo, cette stabilité masque un verrouillage progressif des institutions. La transition vers une Ve République en 2024, avec l’instauration d’un régime parlementaire sur mesure et la création du poste de président du Conseil, est perçue comme une manœuvre visant à prolonger indéfiniment le pouvoir en place, au détriment de l’alternance démocratique.
Sur le plan économique, l’auteur critique le décalage entre les indicateurs macroéconomiques avancés par le gouvernement et la réalité vécue par une large partie de la population. Il estime que la croissance affichée ne se traduit pas par une amélioration tangible des conditions de vie, notamment pour les jeunes, les agriculteurs et les travailleurs du secteur informel. Les programmes sociaux ponctuels sont jugés insuffisants pour répondre à des défis structurels tels que l’accès aux soins, à l’éducation de qualité et à des opportunités économiques durables.
La tribune plaide également pour un changement de paradigme institutionnel. Plutôt qu’un pouvoir centré sur des figures fortes, Rodrigue Ahégo appelle à la construction d’institutions solides et indépendantes, garantes de l’État de droit. Il insiste sur le rôle essentiel d’une justice impartiale, d’une presse libre, de forces de défense au service des citoyens et d’une gestion transparente des ressources publiques.
Enfin, l’auteur appelle à une rupture citoyenne pacifique et organisée. Pour lui, l’alternative politique ne peut venir d’un homme providentiel, mais d’une mobilisation collective fondée sur la responsabilité, l’engagement civique et la convergence des forces sociales et politiques. Il estime que le Togo dispose des ressources humaines et morales nécessaires pour engager une refondation républicaine et ouvrir une nouvelle page de son histoire.