Togo vise un rebond dans la filière coton… mais le pari reste risqué
Face à une production en chute libre et à une filière en perte de vitesse, le Togo se fixe un objectif ambitieux : atteindre 92 500 tonnes de coton graine lors de la campagne 2024-2025. Ce chiffre représenterait une hausse de plus de 50 % par rapport aux 60 500 tonnes récoltées la saison précédente.
Mais la réalité du terrain tempère cet élan. Entre aléas climatiques, désintérêt croissant des jeunes et attrait des cultures vivrières, les défis sont multiples.
Un secteur vieillissant et en déclin
Le nombre de producteurs est en chute constante : 76 000 cette année contre 111 000 en 2020.
« Les jeunes se détournent du coton. C’est toute la filière qui est en danger », alerte Koussouwè Kourouféi, président de la FNGPC.
D’un pic à la stagnation
En 2017, la production avait dépassé 135 000 tonnes. L’objectif des 200 000 tonnes, envisagé après la privatisation de la NSCT, semble aujourd’hui hors de portée. Contrairement au Bénin et au Burkina Faso qui ont doublé leurs volumes en cinq ans, le Togo peine à redresser la barre.
Une relance fragile face aux intempéries
Pour relancer la filière, les autorités ont :
- Anticipé les semis, avec déjà 118 000 hectares ensemencés, un record en 5 ans ;
- Maintenu un prix d’achat de 300 FCFA/kg ;
- Déployé un plan de soutien élargi : formation de 120 000 agriculteurs, irrigation, mécanisation, agriculture régénérative ;
- Et continuent de subventionner les intrants.
Mais les aléas climatiques, les attaques parasitaires et le manque de rentabilité freinent les producteurs.
Le coton concurrencé par les cultures vivrières
De plus en plus d’agriculteurs préfèrent le maïs, le soja ou l’igname, plus rentables et moins risqués.
« Le coton paye peu, demande plus de travail, et les paiements tardent. Ce n’est plus motivant », confie un jeune agriculteur de la région Centrale.
Le soja, en particulier, profite d’une demande internationale forte et du développement de l’agro-industrie locale.
PIA et transformation : un espoir encore embryonnaire
Malgré des doutes sur la stratégie industrielle d’Olam, gestionnaire de la NSCT, les autorités misent sur la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) et le lancement récent de nouvelles usines textiles pour dynamiser la transformation locale.
Mais l’intégration de la chaîne de valeur – de la ferme au textile – reste encore à concrétiser.
Une filière à réinventer
Les jeunes désertent, les cultures concurrentes progressent, et la profitabilité baisse. Derrière l’objectif des 92 500 tonnes, c’est la viabilité même du coton togolais qui est en jeu.
« Il faut repenser tout le modèle, sinon on court vers une impasse », reconnaît un responsable agricole.
Conclusion
L’avenir du coton au Togo dépend désormais de trois leviers :
- Une mobilisation massive des producteurs ;
- Des conditions climatiques favorables ;
- Une transformation structurelle du modèle économique.