L’écrivain et chroniqueur Gnimdéwa Atakpama, auteur de « La nuit est longue, mais la révolution vient », a vivement critiqué le nouvel ouvrage de Henri Koudjolou Dogo, intitulé « À l’ombre du baobab ». Selon lui, le livre constitue une apologie du régime en place, en totale contradiction avec les idéaux démocratiques et progressistes que Dogo défendait dans ses premiers écrits.
“Deux livres, deux discours”
Dans une tribune publiée le 23 octobre 2025 à Lomé, Atakpama souligne que l’auteur du célèbre essai « Togo 2000, planification togolaise et voie africaine de développement » (1982) semble avoir renié ses convictions.
« En 1982, il écrivait : ‘Doit-on remettre en cause la liberté, la justice, la démocratie au nom de la stabilité ?’ Sa réponse était claire : non, mille fois non. »
Quarante-trois ans plus tard, poursuit Atakpama, Dogo publie un ouvrage qui “célèbre exactement ce qu’il dénonçait”, en louant le régime Gnassingbé et en justifiant la succession dynastique au pouvoir.
Un parcours politique controversé
Atakpama retrace le parcours de Dogo :
- Ministre du Plan (1973–1981),
- Conseiller présidentiel (1981–1990),
- Membre fondateur du parti unique RPT.
Selon lui, Dogo fut acteur et témoin d’une période où des opposants furent emprisonnés, torturés ou exilés, tout en élaborant des politiques qui ont enrichi une élite minoritaire.
« En 1982, il écrivait : ‘Les ressources naturelles doivent profiter à la collectivité.’ Mais les phosphates togolais ont enrichi qui, exactement ? »
“Une trahison de ses propres principes”
Atakpama cite un passage du dernier livre de Dogo, qu’il juge révélateur :
“Le baobab est couché, un frêle bourgeon pousse sur sa racine… Ce bourgeon perpétuera-t-il la Grande Œuvre de son Digne Père ?”
Pour Atakpama, ces mots traduisent une bénédiction implicite de la succession familiale au pouvoir.
« Ses paroles prônaient la démocratie. Ses actes ont soutenu 58 ans d’autoritarisme », écrit-il.
Un message à la jeunesse
L’écrivain s’adresse enfin à la jeunesse togolaise, que Dogo invite à “faire fi des réseaux sociaux” pour “renouer avec la lecture”.
Atakpama répond avec ironie :
« Les réseaux sociaux seraient de la fiction, mais les mémoires hagiographiques d’un courtisan seraient la vérité ? »
Et de conclure :
« La jeunesse sait lire, justement. Elle compare le Dogo de 1982 à celui de 2025. Elle constate l’écart abyssal entre les principes brillants et la pratique politique déplorable. Voilà ce qu’on appelle une trahison de ses propres principes. »
En résumé
Le texte de Gnimdéwa Atakpama se veut un réquisitoire moral et politique, dénonçant la conversion idéologique d’un ancien intellectuel critique devenu, selon lui, chantre du pouvoir autoritaire.
Un message fort adressé à une jeunesse togolaise consciente, invitée à ne pas se laisser berner par les “baobabs” du passé.