À plus de 60 ans, Rosalie Ouoba savoure une retraite bien méritée après une carrière marquée par son engagement pour la santé, la nutrition et l’autonomisation des femmes en milieu rural. Spécialiste reconnue dans le développement communautaire, elle a consacré sa vie à renforcer la place des femmes dans la société.
Mais avant de devenir cette figure du développement, son histoire débute dans un camp militaire de Bobo-Dioulasso, où une simple curiosité allait la conduire à un destin inattendu : devenir l’une des premières femmes parachutistes du Burkina Faso.
Une vocation née d’un saut dans l’inconnu
Dans les années 1970, alors adolescente, Rosalie accompagnait souvent ses amis dans le camp militaire dirigé par son oncle, le capitaine Momoni Ouédraogo, chef du parachutisme.
Un jour, elle observe des jeunes en plein entraînement et demande : « Que font-ils ? »
« Ce sont des parachutistes », lui répond son oncle.
Ce jour-là, une idée s’impose à elle : sauter.
Malgré les refus répétés de son oncle — « ce n’est pas pour les civils » — Rosalie insiste. Sa détermination finit par convaincre le capitaine. « Il m’a demandé : tu es sûre que tu veux sauter ? J’ai répondu oui, sans hésiter », se souvient-elle.
Elle rejoint alors les séances d’entraînement, découvre la rigueur militaire et l’exigence physique des parachutistes. « Les tenues étaient trop grandes pour moi, mais peu importait. Ce que je voulais, c’était sauter », raconte-t-elle en riant.
Le grand jour arrive le 11 décembre, veille de fête nationale. Sans peur, Rosalie se lance. Ce saut ne représentait pas qu’un défi sportif, mais une déclaration : les filles sont aussi capables que les garçons.
De l’air au développement : un même combat
Ce premier saut deviendra la métaphore de sa vie : franchir les obstacles pour ouvrir la voie aux femmes.
Plus tard, Rosalie Ouoba devient une figure incontournable du développement rural. En tant que spécialiste en nutrition et santé communautaire, elle a piloté des projets visant à améliorer l’alimentation, renforcer l’autonomie économique des femmes et encourager leur participation aux décisions locales.
« J’ai toujours voulu que les filles se positionnent comme des personnes à part entière, capables d’agir, de décider et de contribuer au développement », affirme-t-elle avec conviction.
Après un passage en Europe, elle rentre au Burkina Faso pour mettre en pratique ses idées sur l’égalité et la responsabilité sociale. « Les filles doivent comprendre qu’elles sont d’abord des individus capables. La société doit leur donner les mêmes chances que les garçons. »
Une vie d’engagement et de transmission
Aujourd’hui à la retraite, Rosalie Ouoba regarde son parcours avec fierté. « Je suis heureuse d’avoir contribué à changer le regard sur les femmes dans ma communauté », confie-t-elle.
Son message aux jeunes générations reste clair : « Une fille doit être fière d’elle-même, indépendante, et consciente de sa valeur. L’égalité ne se déclare pas, elle se construit. »
Le saut comme symbole
Cinquante ans après, le souvenir de ce premier saut reste vivant. Il symbolise son parcours, fait de courage, de détermination et de foi en la capacité des femmes à transformer la société.
Pour elle, sauter dans le vide n’était pas un acte de bravoure, mais une promesse — celle d’une société où filles et garçons avancent côte à côte, sans distinction de valeur ni de capacité.