Plusieurs partis et organisations de l’opposition togolaise ont dénoncé ce mardi à Lomé ce qu’ils considèrent comme un « contraste flagrant » entre les valeurs affichées de la Francophonie et la réalité politique au Togo, à l’occasion de l’ouverture de la 17ᵉ Conférence des Présidents d’Assemblées et de Sections de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).
« Est-ce ce type de démocratie que célèbre la Francophonie ? », s’interrogent-ils dans une déclaration lue ce matin. Pour le DMK-Originale, le DMP, le LDP et le front « Touche Pas À Ma Constitution », le choix du Togo comme pays hôte soulève de sérieuses questions sur l’engagement de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en faveur de la démocratie et de l’État de droit.
Les opposants rappellent que Faure Gnassingbé dirige le pays depuis 21 ans, succédant à son père Eyadéma, au pouvoir pendant 38 ans. Ils critiquent l’adoption en avril 2024 d’une nouvelle Constitution, qu’ils jugent « taillée sur mesure » pour prolonger indéfiniment la présidence, adoptée sans consultation populaire et par des députés dont le mandat était expiré. Selon eux, l’OIF n’a jamais commenté ni la procédure ni le contenu de cette réforme.
La déclaration souligne également la situation des libertés au Togo. Les signataires évoquent la répression de la jeunesse en juin 2025, ayant entraîné « 7 morts, de nombreux blessés et des arrestations multiples », ainsi que des dispersions lors de conférences de presse de l’opposition. Malgré la libération de 75 détenus politiques fin décembre 2025, environ 70 personnes restent emprisonnées pour leurs opinions, certaines depuis 2018, sans procès. L’OIF est accusée de rester silencieuse face à ces violations, tandis que la CEDEAO a reconnu plusieurs cas de torture et de décès en détention.
L’Assemblée nationale togolaise, largement dominée par le parti au pouvoir (95,5 % des sièges), est également critiquée. Les opposants remettent en cause la fiabilité du fichier électoral validé par l’OIF en 2024, alors que 85 % des Togolais n’ont pas de carte nationale d’identité. « Les élections sont devenues un outil de confiscation du pouvoir », dénoncent-ils.
Ils adressent trois exigences aux autorités et demandent à l’OIF de les relayer : la libération immédiate des 70 détenus politiques restants, le retour sécurisé des exilés politiques et le lancement d’un processus démocratique inclusif pour refonder les institutions.
Enfin, les signataires interpellent la Francophonie sur son rôle en Afrique : « La jeunesse africaine est l’avenir de la Francophonie ; l’ignorer met l’organisation en danger », soulignent-ils, notant un intérêt croissant des jeunes pour la Chine, la Russie ou la Turquie. Ils appellent à une « Francophonie des peuples », plutôt qu’un outil au service des régimes autoritaires.
La 17ᵉ Conférence des Présidents d’Assemblées et de Sections de la Région Afrique de l’APF se déroule à Lomé du 7 au 9 avril 2026.
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