Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron en juin 2024, la France connaît une série d’instabilités politiques inédites. En un an, trois Premiers ministres – Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu – se sont succédé sans parvenir à stabiliser la gouvernance.
Le président disposait pourtant d’une majorité parlementaire avant cette décision, prise au lendemain de la défaite de son parti aux élections européennes. Un choix largement perçu comme émotionnel plutôt que stratégique, qui a conduit à de nouvelles législatives perdues et à l’émergence d’une majorité hostile à l’Assemblée.
Dans un régime semi-présidentiel comme celui de la France, la cohabitation devient alors inévitable : le chef de l’État est contraint de nommer un Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Or Emmanuel Macron refuse ce schéma, préférant imposer ses propres choix, ce qui accentue les blocages institutionnels.
Un modèle à éviter pour le Togo ?
Cette crise française soulève des questions pour le Togo, qui a abandonné en mai 2025 le semi-présidentialisme au profit d’un régime parlementaire. Si certains contestent encore ce changement, l’exemple français montre combien le double pouvoir exécutif peut fragiliser un pays lorsque la majorité présidentielle et la majorité parlementaire s’opposent.
En Allemagne, où prévaut un régime parlementaire, le fonctionnement institutionnel est jugé plus stable et prévisible. Le chancelier est élu par le parlement et peut gouverner grâce à une majorité claire, tandis que le président de la République joue un rôle honorifique limité.
Vers un parlementarisme renforcé
Pour le Togo, l’enjeu n’est plus de revenir à la Constitution de 1992 mais de consolider les bases du nouveau régime. Des ajustements sont proposés :
- soumettre la désignation du Président du Conseil (équivalent du Premier ministre) au vote des députés ;
- réserver au chef de l’État, sur proposition du Président du Conseil, le pouvoir de dissoudre l’Assemblée ;
- envisager de renommer le Président du Conseil en « Chancelier », afin d’éviter la confusion avec le Président de la République.
De même, la transparence des élections législatives reste le défi central. Sans scrutin crédible en 2029, aucune réforme institutionnelle ne pourra porter ses fruits.
L’analogie est claire : comme un enfant né de circonstances contestables mais porteur d’avenir, la nouvelle Constitution togolaise ne doit pas être rejetée en bloc. Il convient plutôt de l’améliorer, de l’adapter et surtout de garantir que les élections futures soient transparentes, afin de permettre au régime parlementaire de s’ancrer durablement.