Au Togo, l’existence du Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) évoque, en théorie, un processus destiné à réparer les fractures d’une société marquée par des conflits majeurs. Pourtant, le contexte togolais diffère profondément de cette logique. Le pays n’a jamais connu de guerre civile, mais il reste traversé depuis plus d’un demi-siècle par de profondes tensions politiques et sociales, liées à une gouvernance autoritaire exercée sans discontinuité.
Dans ce cadre, de nombreux observateurs estiment que la notion de réconciliation nationale pose question. Le régime en place, accusé de concentrer tous les leviers du pouvoir et de réprimer durablement toute contestation, demeure pleinement actif. Selon ses détracteurs, il serait illusoire de parler de justice et de réparation tant que les structures de pouvoir responsables des violences passées et présentes restent intactes et jouissent de l’impunité.
Le HCRRUN, chargé de mettre en œuvre les recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), est présidé par Mme Awa Nana-Daboya. Figure connue de la scène institutionnelle togolaise, son parcours continue de susciter des débats, notamment en raison de son rôle lors de la présidentielle de 1998. Pour certains acteurs politiques et de la société civile, cette nomination symbolise les limites d’un processus perçu comme institutionnellement contrôlé et politiquement orienté.
Créée en 2009, la CVJR avait pour mission de faire la lumière sur les violations des droits humains commises entre 1958 et 2005. Malgré l’engagement de son président d’alors, feu Monseigneur Nicodème Anani Barrigah-Bénissan, la commission est restée, selon ses critiques, largement inefficace. Inspirée du modèle sud-africain post-apartheid, elle s’est heurtée à une réalité togolaise bien différente : les responsables présumés des exactions n’ont jamais quitté le pouvoir et conservent leur capacité de répression.
Cette situation soulève une interrogation centrale : peut-on engager une véritable réconciliation dans un pays où les violations des droits humains se poursuivent ? Des rappels récents d’événements violents, notamment les répressions meurtrières de juin 2025 ou celles documentées depuis les années 1990, illustrent la persistance d’un cycle de violences. Selon des témoignages et enquêtes, plusieurs centaines de victimes auraient été recensées sans que les recommandations de la CVJR, pourtant financée par des partenaires internationaux, ne soient appliquées.
Dans ce contexte, les initiatives de réparation portées par le HCRRUN sont jugées insuffisantes par une partie de l’opinion. Les indemnisations financières accordées à certaines victimes sont perçues comme symboliques, voire comme une tentative de clore le débat sans identifier les auteurs ni établir les responsabilités. Pour ses détracteurs, la réconciliation ne peut être effective sans vérité, justice et fin de l’impunité.