Ancien député et figure politique togolaise, Gerry Taama livre une analyse sévère de l’état d’esprit qui prévaut aujourd’hui au Togo. Selon lui, le pays est entré dans une ère d’indifférence profonde, fruit de décennies de combats politiques, de désillusions répétées et d’un espoir désormais épuisé.
Il rappelle s’être engagé très tôt en politique. Dès 1992, alors qu’il était élève au CEG de Siou, il fonde une association scolaire pour le renouveau. En 1993, il soutient et représente localement Jacques Amouzou lors de l’élection présidentielle. L’année suivante, il est représentant d’Edem Kodjo dans les bureaux de vote au nom de l’UTD. Même durant sa brève parenthèse militaire, son intérêt pour la vie politique n’a jamais faibli.
Pour Gerry Taama, jamais l’écart entre les gouvernants et la population n’a été aussi profond. Aujourd’hui, affirme-t-il, les actions du pouvoir exécutif ou de ses ministres semblent laisser les citoyens totalement indifférents. L’espoir d’un avenir meilleur s’est dissipé, conséquence directe, selon lui, de l’instauration de la Cinquième République. La perspective d’une alternance politique aurait disparu, donnant le sentiment d’un avenir figé.
Il décrit une société marquée par la capitulation collective. Les luttes auraient été menées puis perdues. Les partis politiques auraient été méthodiquement affaiblis, les syndicats neutralisés et les libertés publiques largement réduites. Dans ce contexte, le pays serait devenu un espace où les consciences s’éteignent, les repères s’effacent et les identités se dissolvent.
Cette indifférence serait, à ses yeux, l’ultime refuge après avoir touché le fond. Plus rien n’étonne, plus rien ne suscite d’espoir. Vingt années se sont écoulées sans changements concrets, et vingt autres pourraient passer dans le même immobilisme. D’où cette résignation résumée par une expression populaire : quand on a tout perdu, on ne craint plus rien.
Il conclut sur une note teintée d’amertume et d’ironie, soulignant que ce sont désormais les plaisirs simples et les échappatoires du quotidien qui permettent de tenir, faute de perspectives collectives porteuses d’espérance.