Après trois reports, les élections des maires et de leurs adjoints se sont enfin tenues les 15, 16 et 17 octobre 2025 dans les 117 communes du Togo. Ce scrutin, censé renouveler la gouvernance locale, révèle plutôt des dynamiques politiques qui interrogent sur la conception du pouvoir dans le pays.
Sur l’ensemble des communes, moins d’une dizaine échappent à UNIR, le parti au pouvoir. Parmi elles figurent notamment Danyi 1, Danyi 2, Kloto 2, Bas-Mono 2, Agoè-Nyivé 3, Golfe 1 et Golfe 4. Cette domination quasi totale, similaire à celle d’il y a six ans, soulève des doutes sur le fonctionnement démocratique et l’efficacité de la gestion locale, peu de progrès ayant été constatés malgré la continuité politique.
Une gouvernance marquée par la militarisation et le cumul des postes
Une tendance inquiétante émerge : la résurgence des corps habillés dans la gestion publique. Plusieurs officiers à la retraite ont été élus maires sous la bannière d’UNIR, notamment le colonel ADOM Wiyoou Kpao (Kozah 4), colonel Yawo ASSAGBA (Kloto 3), colonel Kokouvi SODOLI (Vo 4), ou encore colonel Kézié SONGHOÏ (Agoè-Nyivé 6).
Bien que ces anciens militaires aient légalement le droit de briguer des mandats locaux, leur omniprésence dans les instances civiles illustre une militarisation croissante de la gouvernance, au détriment de la jeune génération de cadres civils.
Autre constat préoccupant : le cumul de fonctions au sommet de l’État. Des ministres et parlementaires occupent désormais aussi des postes de maires. C’est le cas d’Antoine Lekpa GBEGBENI (Dankpen 1), Abdul-Fahd FOFANA (Agoè-Nyivé 4) et Koamy GOMADO (Golfe 1), tous membres du gouvernement. Plusieurs sénateurs et députés, comme Alexis AQUEREBURU (Lacs 1), Sedoufio AFANGBEDJI (Bas-Mono 2) ou Mey GNASSINGBÉ (Amou 2), cumulent également les fonctions.
Cette pratique, bien que légale, soulève des interrogations sur la concentration du pouvoir, la transparence et l’efficacité de la gestion publique.
Le poids des dynasties et les symboliques du pouvoir
Le scrutin a aussi mis en lumière la présence accrue de membres de la famille présidentielle dans les exécutifs locaux. Outre Patrick et Mey GNASSINGBÉ, déjà maires et députés, Essohanim GNASSINGBÉ, fils d’Emmanuel GNASSINGBÉ, a été reconduit à la tête de Golfe 3, renforçant la perception d’une caste politique héréditaire.
Golfe 4 : entre symbole et diversion politique
Le cas de Golfe 4 a particulièrement retenu l’attention. L’élection, reportée en dernier, a focalisé le débat public. Le maire sortant Jean-Pierre FABRE (ANC) a été reconduit, au terme d’un vote marqué par des alliances et des tensions politiques.
Certains observateurs estiment que ce scrutin a servi de “diversion politique”, détournant l’attention des irrégularités observées ailleurs. Malgré les polémiques, FABRE, figure historique de l’opposition, conserve une forte légitimité locale grâce à son bilan jugé positif dans la préservation du patrimoine municipal.
Alors que UNIR continue de dominer presque toutes les communes, les jeunes et les technocrates civils peinent à accéder aux postes de décision. Cette réalité alimente un débat national sur le renouvellement des élites, la transparence du système électoral et la nécessité d’une véritable décentralisation démocratique.