Le Tribunal de grande instance Ouaga II a renvoyé au 20 février 2026 le jugement de l’affaire portant sur l’assassinat de l’ancienne ministre et ex-gouverneure Viviane Yolande Compaoré.
La décision a été prise le 29 janvier 2026, à la demande de l’avocat de la défense, Me Sosthène Edgar Dabiré, commis d’office par le Fonds d’assistance judiciaire pour assurer la défense de l’accusé, Yannick Wampanga Bougouma.
Selon la défense, ce délai de trois semaines est nécessaire afin de permettre à l’avocat de prendre connaissance du dossier et de s’entretenir avec son client en vue de préparer une défense structurée. Interrogé sur ce renvoi, l’accusé a sobrement déclaré : « D’accord, je n’ai rien à dire ».
L’avocat de la partie civile, Me Prosper Farama, a reconnu le bien-fondé de la demande de renvoi tout en relayant la position de la famille de la victime. Pour celle-ci, l’enjeu principal n’est pas la rapidité de la procédure, mais la manifestation complète de la vérité.
« Pour la famille, ce n’est pas une question d’urgence. Le décès est déjà survenu. L’essentiel est de savoir exactement ce qui s’est passé ce jour-là », a-t-il indiqué.
L’audience a également été marquée par l’absence de deux témoins clés, Lalsaga Solange et Bougouma Tewindé Pierre.
Un crime d’une extrême violence
Viviane Yolande Compaoré a été retrouvée morte à son domicile, situé au secteur 51 du quartier Karpala à Ouagadougou, le 10 janvier 2026 aux environs de 13h40. L’annonce de sa mort a profondément choqué l’opinion publique burkinabè, en raison de son parcours politique et de son statut d’ancienne haute responsable de l’État.
Les premières constatations effectuées par les services de police et de justice ont révélé des traces évidentes d’homicide volontaire. Une enquête judiciaire a été immédiatement ouverte par le parquet près le Tribunal de grande instance Ouaga II, avec l’appui de la police scientifique et d’un médecin légiste.
Les résultats de l’autopsie ont établi que la victime avait été étranglée avant d’être égorgée à l’aide de deux petits couteaux retrouvés sur les lieux. Plusieurs biens ont été emportés, notamment trois téléphones portables, une tablette, un sac à main et une somme de 50 000 francs CFA.
Interpellation et aveux du principal suspect
Le 13 janvier 2026, les forces de sécurité ont interpellé le principal suspect, Yannick Wampanga Bougouma, âgé de 26 ans, employé de commerce sans domicile fixe et membre de la famille élargie de la victime.
Les enquêteurs indiquent que sa localisation a été facilitée par des témoignages et des actes techniques approfondis. Lors de son interrogatoire, l’accusé est passé aux aveux complets.
Selon sa déposition, il se serait introduit dans la concession de la victime vers 3 heures du matin en escaladant le mur de clôture, avant de se dissimuler. À l’entrée de Viviane Compaoré dans sa chambre, il l’aurait attaquée par derrière, l’immobilisant à l’aide d’une technique d’étranglement qu’il qualifie de « cadenas ».
Il serait ensuite revenu pour s’assurer de sa mort, lui portant des coups mortels à la gorge à l’aide d’un couteau, avant de prendre la fuite avec les objets dérobés.
Une rancœur personnelle évoquée
Toujours selon les éléments de l’enquête, l’accusé justifie son acte par une rancœur personnelle profonde. Il reprochait à la victime d’être à l’origine de ses échecs personnels et d’anciennes accusations de vol, affirmant avoir agi par vengeance.
Viviane Yolande Compaoré a occupé, dans les années 1990, plusieurs fonctions ministérielles, notamment aux Transports et au Tourisme, puis à l’Intégration régionale, avant de servir comme gouverneure de la région du Nord sous le régime de l’ex-président Blaise Compaoré.
Le renvoi de l’affaire prolonge l’attente d’un procès très suivi, tant par l’opinion publique que par les observateurs judiciaires, en raison de la gravité des faits et du profil de la victime.