Non, avoir des millions d’abonnés ne fait pas de vous un journaliste. Pas plus que le fait d’avoir une carte de presse, même délivrée à l’étranger. La carte de presse est un outil administratif, pas une preuve d’appartenance. On peut l’obtenir sans en incarner l’essence. Être journaliste, c’est exercer ce métier au quotidien, en vivre, et en respecter la rigueur.
Le journalisme est un métier structuré, régi par des règles et des valeurs : la recherche de la vérité, l’honnêteté intellectuelle, l’indépendance, et la défense du droit du public à l’information. Ce droit fondamental est au cœur de la profession. Et ceux qui le servent le font souvent au prix de leur sécurité.
C’est justement pour protéger cette mission qu’il existe des instances de régulation et des cadres déontologiques. Feindre de les ignorer, c’est trahir ce que représente le journalisme.
Certains prétendent que les influenceurs sont devenus le “quatrième pouvoir”. Ils se trompent de combat. Le journalisme n’est pas un pouvoir, mais un contre-pouvoir. Son rôle n’est pas de séduire, mais de questionner, d’éclairer et, parfois, de déranger.
Le journalisme, ce n’est pas la communication
La confusion entre communication et journalisme est fréquente, mais profonde. La communication cherche à convaincre, à plaire, à préserver l’image. Le journalisme, lui, cherche à informer, à comprendre, à révéler. Le communicant promeut, le journaliste interroge.
Oui, journalistes, blogueurs et influenceurs peuvent collaborer — pour sensibiliser, amplifier une cause ou lutter contre la désinformation. Mais cela ne confère pas à l’un le statut de l’autre. Être journaliste suppose une méthode : recouper, vérifier, contextualiser, analyser avant de publier.
Informer vite ne suffit pas. Il faut informer juste, avec équilibre et rigueur. C’est cela, le cœur du métier.
L’essor du numérique a ouvert l’espace public à de nouvelles voix. Mais les réseaux sociaux, aussi puissants soient-ils, ne remplacent pas la presse. L’information n’est pas une opinion, encore moins un spectacle.
Le journalisme reste un métier exigeant, souvent dangereux. Depuis le début de l’année, selon Reporters Sans Frontières, 37 journalistes ont été tués, plus de 500 emprisonnés, et des dizaines d’autres portés disparus. C’est dire combien informer peut coûter cher.
Pendant la pandémie de COVID-19, on l’a vu : une information juste peut sauver des vies. Le journalisme n’est donc pas un jeu d’audience ou de popularité. Il est un service rendu à la vérité. Tout le monde peut parler d’actualité, mais tout le monde ne peut pas être journaliste.
Kossi Balao – Journaliste