Dans son ouvrage La nuit est longue. Mais la révolution vient !, l’écrivain Gnimdéwa Atakpama rappelle qu’« une révolution ne prend de l’ampleur qu’à partir du moment où des groupes qui n’ont rien en commun décident de se rassembler pour leur profit commun ». Une leçon forte qui résonne aujourd’hui dans le contexte politique togolais, où l’opposition peine encore à élargir son cercle d’influence.
L’exemple de Martin Luther King et des alliances stratégiques
L’histoire des droits civiques aux États-Unis illustre cette stratégie : Martin Luther King avait compris qu’il ne pouvait gagner sans rallier une partie de la communauté blanche, pourtant bénéficiaire directe du système ségrégationniste. En réussissant à créer ces alliances inattendues, il a changé le cours de l’histoire.
De même, après leur défaite en 2008 face à Barack Obama, les Républicains américains avaient entrepris une profonde remise en question. Leur conclusion : pour redevenir compétitifs, il fallait attirer des électeurs noirs et diversifier leur base. Ce repositionnement, symbolisé par l’élection de Michael Steele à la tête du parti, a fini par porter ses fruits, jusqu’à influencer le vote noir en faveur de Donald Trump en 2024.
Leçons pour la lutte politique au Togo
Sans comparer directement la démocratie américaine et le régime militaire togolais, l’opposition togolaise pourrait s’inspirer de ces exemples. Aujourd’hui, le camp du changement reste figé, peinant à attirer de nouveaux soutiens, alors que le régime a su intégrer d’anciens opposants dans son cercle.
Au lieu de prêcher uniquement à ceux déjà acquis à la cause, l’opposition doit tendre la main aux résistants au changement — qu’ils soient civils ou militaires. Cela suppose un travail de pédagogie : expliquer concrètement en quoi le changement politique bénéficierait aussi à ceux qui, jusqu’ici, soutiennent ou tolèrent le système en place.
S’unir pour élargir le cercle
Comme l’écrivait encore Gnimdéwa Atakpama, les mouvements non-violents réussissent lorsqu’ils provoquent des changements de loyauté au sein même de l’adversaire. Cette stratégie pourrait être décisive au Togo, où le statu quo s’explique autant par la répression que par l’incapacité de l’opposition à convaincre au-delà de son propre camp.
En paraphrasant Malcolm X, on pourrait dire : « L’opposition togolaise n’est pas moins nombreuse, elle est simplement moins organisée. » Il est donc temps de mieux s’organiser, en intégrant une nouvelle arme : celle des alliances, même au cœur du camp adverse.