La Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens (RAM) s’est achevée le samedi 22 juin 2025 à Lomé, après plusieurs jours d’échanges scientifiques réunissant chercheurs, médecins, pharmaciens, biologistes et responsables institutionnels. Le colloque organisé pour l’occasion a permis de faire le point sur l’évolution de la RAM au Togo, ainsi que sur ses implications sanitaires, économiques et environnementales.
Les activités ont débuté le 18 novembre avec une session de formation destinée aux professionnels des médias, animée par le Laboratoire BIOLOIM/FSS-UL avec le soutien de la Fondation Afrique Développement International (FADI). L’objectif : renforcer la capacité des journalistes à diffuser une information fiable sur la RAM, dans un contexte marqué par un mauvais usage des antimicrobiens et une circulation accrue de fausses informations.
Le Pr Mounerou Salou, point focal RAM au Togo, a qualifié la résistance aux antimicrobiens de « pandémie silencieuse », rappelant que les bactéries résistantes peuvent se déplacer rapidement d’un continent à l’autre. Il a insisté sur la nécessité d’une prescription responsable, qui implique un strict respect des doses, de la durée des traitements et des indications médicales.
Une approche One Health plus que jamais nécessaire
Les experts ont souligné l’importance de l’approche One Health, qui associe santé humaine, santé animale et protection de l’environnement. L’usage excessif d’antibiotiques en élevage favorise en effet l’apparition de bactéries multi-résistantes, entraînant des pertes économiques pour les éleveurs et fragilisant la chaîne d’approvisionnement alimentaire.
Plusieurs participants ont reconnu découvrir l’ampleur des risques. « L’utilisation excessive des antibiotiques conduit certains microbes à développer une résistance… cela entraîne des problèmes que nous n’aurions jamais imaginés », a-t-on confié au cours des échanges.
Situation de la RAM au Togo : des données préoccupantes
Les discussions ont mis en lumière les données nationales récentes, notamment celles issues de la surveillance du VIH. En 2023 :
- 6,3 % des patients nouvellement diagnostiqués présentaient déjà des mutations résistantes ;
- 17,8 % avaient des mutations associées à une résistance potentielle aux inhibiteurs de l’intégrase, une classe essentielle de traitements.
Ces chiffres témoignent d’une dynamique plus large de résistance aux antimicrobiens dans le pays. Les responsables sanitaires soulignent l’urgence de renforcer les laboratoires, la surveillance microbiologique et l’encadrement des prescriptions.
Un rôle central pour les médias
La FADI a rappelé que les journalistes et communicateurs occupent une place stratégique dans la sensibilisation des populations. Leur implication est jugée indispensable pour soutenir les efforts nationaux de prévention et favoriser une prise de conscience durable.
À la clôture de la semaine, les spécialistes ont insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective afin de limiter les coûts futurs pour le système de santé, protéger la productivité économique et renforcer la sécurité sanitaire des ménages.