Fondateur et directeur général de KYA Energy Group, Ketowoglo Yao Azoumah retrace son parcours, de la recherche scientifique à l’entrepreneuriat solaire. À l’occasion du dixième anniversaire de son entreprise, il revient sur les défis du secteur énergétique au Togo, les innovations locales portées par son équipe et sa vision d’une Afrique énergétiquement indépendante.
Issu d’un parcours académique brillant, le Dr. Azoumah a étudié la physique énergétique à l’Université de Lomé, avant d’obtenir un doctorat en génie énergétique en France et de poursuivre un postdoctorat au Canada. Après plusieurs années passées dans la recherche et l’enseignement, notamment à l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (2iE) au Burkina Faso et à la Pan African University Institute for Water and Energy (PAUWES) en Algérie, il décide de se lancer dans l’entrepreneuriat en fondant KYA Energy Group.
« Je voulais avoir un impact concret en Afrique, au-delà du monde académique », explique-t-il. « Enseigner et publier ne suffisaient plus. Je voulais contribuer directement à améliorer l’accès à l’énergie. »
Une mission claire : rendre l’énergie durable accessible à tous
KYA Energy Group s’est fixé pour mission de démocratiser l’accès à l’énergie propre. Pour son fondateur, il est inacceptable qu’en 2025, certaines zones du Togo soient encore privées d’électricité. L’entreprise s’appuie sur des technologies solaires conçues localement afin d’offrir des solutions fiables, durables et accessibles.
L’un des premiers défis rencontrés fut de convaincre les acteurs publics et privés de la fiabilité du solaire, après plusieurs expériences malheureuses. Autre difficulté majeure : le manque de main-d’œuvre qualifiée, qui a poussé KYA à former en interne ses techniciens et ingénieurs. Enfin, l’accès au financement demeure un frein important, notamment pour les ménages qui doivent souvent payer l’investissement initial d’un système solaire en une seule fois.
Innover pour rendre le solaire plus abordable
Grâce à des partenariats avec des institutions financières, dont Ecobank, KYA cherche à développer des mécanismes de paiement échelonné pour permettre aux particuliers d’acquérir plus facilement des équipements solaires. En parallèle, l’entreprise milite pour une fiscalité plus favorable au solaire, notamment la suppression des taxes sur les batteries et les onduleurs, encore soumis à la TVA.
Sur le plan industriel, KYA assemble localement des unités électro-solaires, des lampadaires et des batteries. L’entreprise a aussi développé ses propres logiciels de conception comme KYA-SolDesign, adaptés aux réalités africaines. Ces innovations permettent de réduire la dépendance aux outils étrangers et d’optimiser le rapport fiabilité/coût des systèmes.
Un modèle tourné vers la production locale
En réduisant sa dépendance aux importations de 15 %, KYA Energy Group mise sur l’industrialisation locale. L’entreprise prévoit, d’ici 2035, de fabriquer ses propres cellules lithium et de lancer une ligne d’assemblage d’onduleurs d’ici 2027. Pour Azoumah, cette intégration progressive est « la seule voie vers une véritable autonomie énergétique africaine ».
Une vision continentale
Outre la production, KYA s’investit dans la formation. Son centre, reconnu par le Centre pour les Énergies Renouvelables et l’Efficacité Énergétique de la CEDEAO (ECREEE), est le seul au Togo certifié pour former des techniciens solaires hors-réseau. L’entreprise a également remporté plusieurs distinctions, dont le Prix de l’Innovation de la BOAD en 2018, et a supervisé la mise en place de la centrale solaire de Blitta, la plus grande du pays.
Vers un hub énergétique ouest-africain
Pour les dix prochaines années, le fondateur ambitionne de faire du Togo un pôle régional des énergies renouvelables. Son objectif : intégrer le top 10 africain des entreprises solaires les plus performantes et exporter l’expertise togolaise dans toute la sous-région.
« L’indépendance de l’Afrique passera par l’énergie, produite à partir de nos propres ressources », conclut-il. « Si nous exploitons le soleil, le vent et la biomasse, plus aucun Africain ne vivra dans le noir. Le Togo peut montrer la voie. »