Invité du podcast panafricain « Notre Afrique », diffusé sur la chaîne Diplomatie Togolaise, l’économiste togolais Kako Nubukpo a livré une réflexion approfondie sur la souveraineté économique et l’autonomie stratégique du continent.
L’ancien ministre de la Prospective a souligné que la maîtrise du budget et de la monnaie est essentielle à la liberté d’action des États africains.
« L’autonomie stratégique renvoie à la capacité des États africains à contrôler leurs instruments de souveraineté économique : le budget et la monnaie. Sans cela, il est difficile de conduire les transformations souhaitées », a-t-il déclaré.
Sur le sujet du franc CFA, le professeur Nubukpo a plaidé pour un changement de nom et de symbole, estimant que cette monnaie reste liée à une histoire coloniale.
« La monnaie n’est pas qu’un outil économique. C’est aussi un fait social, historique et politique. Il est temps de lui redonner un sens africain », a-t-il insisté.
Abordant la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), l’économiste salue une initiative « louable » mais prévient contre le risque qu’elle devienne un cheval de Troie économique pour les industries étrangères. Il recommande la mise en place de mécanismes de compensation pour soutenir les pays les moins avancés, à l’image des fonds structurels européens.
Kako Nubukpo a également plaidé pour une protection temporaire des industries africaines naissantes, rappelant que des nations aujourd’hui développées comme l’Allemagne ou la Corée du Sud avaient adopté les mêmes stratégies à leurs débuts.
Sur le plan social, il a rappelé que le développement économique est indissociable de la stabilité politique et sécuritaire.
« L’absence de développement accentue les tensions pour l’accès aux ressources. Plus le gâteau est petit, plus la compétition pour les parts est rude », a-t-il expliqué.
Enfin, il a insisté sur le rôle déterminant de la jeunesse africaine dans la transformation du continent, appelant à investir dans l’agriculture, l’innovation et l’agro-industrie.
« La jeunesse est la clé du changement structurel. Il faut la soutenir, pas la freiner », a conclu le professeur.
Pour lui, l’Afrique doit impérativement trouver son propre chemin dans la rivalité croissante entre grandes puissances mondiales.
« Quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre », a-t-il rappelé, en guise d’avertissement stratégique.