Beaucoup de Togolais expriment un sentiment d’abandon face au silence de la communauté internationale sur la situation politique du pays. De la CEDEAO à l’Union africaine, en passant par l’ONU, nombreux sont ceux qui estiment que ces organisations ferment les yeux sur les réalités togolaises. Certains en viennent même à croire à un complot international contre l’alternance politique.
En réalité, cette perception découle moins d’un complot que d’une méconnaissance du fonctionnement du système international. Beaucoup pensent encore que les institutions mondiales œuvrent avant tout pour le bien commun et la protection des peuples contre les abus de leurs dirigeants. Cette vision idéalisée conduit à des déceptions profondes lorsque ces organisations semblent inactives face à certaines crises.
Le monde ne fonctionne pas sur la base de la bienveillance, mais selon des logiques de puissance, d’intérêts et d’influence. Les institutions multilatérales, malgré leurs discours humanistes, obéissent souvent à des rapports de force. Leur action est guidée par les priorités stratégiques et économiques des grandes puissances, et non par la compassion.
La notion d’« intérêt national », souvent invoquée par les États occidentaux, illustre bien cette logique. Comme l’a souligné le penseur Noam Chomsky, cet intérêt n’est pas celui des populations, mais celui des élites économiques et politiques qui influencent les décisions publiques. En Afrique, cette conception entre en contradiction avec la vision collective que beaucoup se font de la nation et du bien commun.
Ainsi, croire à un complot international contre le changement au Togo détourne du vrai problème : la méconnaissance des règles du jeu international. Pour espérer un changement politique durable, il faut comprendre ces mécanismes, identifier les intérêts étrangers en jeu, mais aussi ceux des groupes internes qui profitent du statu quo. C’est seulement à cette condition que les stratégies de transformation pourront devenir efficaces.