Au Togo, la grâce présidentielle accordée à 1 511 détenus à la fin du mois de décembre 2025 continue de susciter de vives interrogations. Loin d’apaiser les esprits, cette mesure a ravivé les inquiétudes des organisations de défense des droits humains, en particulier celles de l’Association des victimes de la torture au Togo (ASVITTO), qui alerte sur l’état de santé jugé alarmant de plusieurs détenus politiques récemment libérés.
Dans une communication rendue publique sur le réseau social X, l’ASVITTO affirme que certains anciens prisonniers « sont sortis de détention dans un état de santé plus dégradé qu’à leur entrée ». L’organisation cite notamment les cas d’Aziz Goma, Nambea Leila, Affivi Dougbedji et Kadanga Ami, tous confrontés à des pathologies sérieuses nécessitant une prise en charge médicale urgente, sans disposer des ressources financières suffisantes après de longues années de détention.
Libérés, mais confrontés à de lourdes séquelles
L’association attire particulièrement l’attention sur la situation de Madame Dougbedji Affivi Dora. Libérée le 31 décembre 2025, elle souffrirait d’une limbo-conjonctivite endémique chronique des tropiques à un stade avancé, nécessitant une intervention chirurgicale. Selon l’ASVITTO, l’absence de moyens financiers rend l’accès aux soins extrêmement difficile, illustrant le fossé entre la libération administrative et la réhabilitation effective des anciens détenus.
Le cas d’Aziz Goma est également cité comme emblématique. D’après l’organisation, il serait actuellement hospitalisé dans une clinique de Lomé, à ses propres frais, après avoir passé sept années en détention dans des conditions qualifiées d’inhumaines et dégradantes. L’ASVITTO rappelle qu’il aurait subi des actes de torture lors de son arrestation, laissant aujourd’hui de lourdes séquelles physiques.
Pour l’association, la grâce présidentielle, si elle met fin à l’incarcération, ne saurait effacer les conséquences des années de détention. « Libérer sans soigner, sans réparer et sans rendre des comptes revient à prolonger la peine hors des murs de la prison », estime-t-elle.
Une mesure perçue comme le fruit de pressions
Si les autorités présentent cette grâce comme un geste humanitaire, cette interprétation est largement contestée par des acteurs politiques et de la société civile. Nathaniel Olympio, membre du front « Touche pas à ma Constitution », estime que ces libérations ne relèvent pas d’une volonté spontanée du pouvoir. Selon lui, elles seraient plutôt le résultat des pressions et des mobilisations contre le régime. Il souligne que certains détenus, à peine libérés, se retrouvent hospitalisés en raison des traitements subis en détention.
Des détenus politiques toujours incarcérés
Malgré cette vague de libérations, l’ASVITTO affirme qu’environ 70 détenus politiques demeurent encore derrière les barreaux. L’organisation soutient que ces personnes remplissent pourtant les mêmes critères juridiques que celles ayant bénéficié de la grâce. Parmi elles figurent Jean-Paul Oumolou, Margueritte Gnakadé, ancienne ministre de la Défense, ainsi que Kpatcha Gnassingbé, ancien ministre et demi-frère du président du Conseil, détenu depuis 2009 et condamné à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État.
À ce titre, Kao Atcholi appelle le président du Conseil, Faure Gnassingbé, à autoriser la libération de ces détenus encore incarcérés.
Une crise carcérale persistante
Au-delà des situations individuelles, l’ASVITTO dénonce un problème structurel. Selon ses données, la prison civile de Lomé comptait en décembre 2025 plus de 2 800 détenus pour une capacité d’accueil estimée à 600 places, soit un taux de surpopulation proche de 400 %. Même après les grâces présidentielles, plus de 2 100 personnes y seraient encore détenues, représentant plus de 300 % de surpopulation.
Dans un contexte de fortes chaleurs, l’association décrit des conditions de détention alarmantes, avec des cellules exiguës pouvant accueillir parfois plus d’une centaine de personnes. Pour l’ASVITTO, ces réalités démontrent que le système carcéral togolais continue de porter atteinte à la dignité humaine, malgré les annonces officielles.