Alors que les passations de service entre anciens et nouveaux exécutifs locaux s’achèvent, l’heure est au bilan du premier mandat de la décentralisation au Togo. Six ans après l’installation des 117 communes, les résultats montrent des avancées réelles, mais aussi de nombreuses limites structurelles qui ont freiné la montée en puissance des collectivités.
Un cadre institutionnel posé, mais des moyens encore insuffisants
Le pays compte désormais 117 communes dotées d’équipes élues et d’une administration locale opérationnelle. Les grandes villes bénéficient d’une base fiscale plus large, contrairement à la majorité des communes rurales qui peinent toujours à générer des ressources suffisantes.
Selon la Faîtière des Communes du Togo (FCT), environ 30 milliards FCFA ont été transférés ou mobilisés en faveur des collectivités entre 2020 et 2024. Un apport important, mais encore loin de couvrir les besoins en infrastructures, assainissement ou services publics essentiels.
La coopération décentralisée a également permis de mobiliser plus d’un milliard FCFA durant la période, un soutien utile mais concentré sur un nombre limité de communes.
Les finances locales, principal frein à l’action
La faiblesse des recettes propres reste le nœud du problème. Plusieurs compétences transférées aux communes n’ont pas été accompagnées de ressources adaptées, créant un décalage entre les attentes des populations et les capacités réelles d’intervention des municipalités.
Audits et contrôles récents de la Cour des comptes ont mis en lumière des lacunes dans la gestion financière locale, notamment dans la tenue des comptes et la justification de certaines dépenses. Ces constats ont renforcé les appels à moderniser les outils comptables et à rendre le fonctionnement des communes plus transparent.
Des capacités techniques inégales sur tout le territoire
Des programmes comme ProDeGoL, soutenu par la GIZ, ont permis de professionnaliser une partie des administrations locales, en renforçant la planification, le suivi budgétaire et la participation citoyenne.
Mais seuls quelques territoires ont bénéficié de cet accompagnement, accentuant les écarts entre communes mieux formées et communes en difficulté.
Deux problèmes reviennent régulièrement :
- la pénurie de personnel qualifié en gestion publique et en passation de marchés ;
- la pression constante des besoins sociaux, souvent bien plus élevés que les moyens disponibles.
Un équilibre délicat entre tutelle de l’État et autonomie locale
La loi encadre la relation entre communes et préfets, mais la pratique montre des tensions. Des maires jugent la tutelle trop contraignante, tandis que certains représentants de l’État pointent le manque d’expérience de plusieurs élus locaux.
Ces frictions ont parfois ralenti la mise en œuvre de projets ou compliqué les relations institutionnelles.
Des réussites concrètes, mais des couacs persistants
Certaines communes ont su tirer parti de leur accompagnement technique pour élaborer des plans de développement crédibles et lancer des projets d’assainissement ou d’infrastructures scolaires.
À l’inverse, des retards budgétaires, des marchés publics mal documentés et un manque de traçabilité ont été recensés dans plusieurs localités.
Vers un second mandat décisif
Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour renforcer la décentralisation : augmentation du FACT, formations accélérées, renforcement des contrôles et modernisation des outils budgétaires.
Les partenaires techniques, ainsi que la FCT, appellent à un transfert plus clair des compétences, à l’extension des programmes de formation et à la création de mécanismes de financement plus solides.
Des voix locales qui illustrent les défis du terrain
- « Chaque acteur local pourra désormais se former à son rythme grâce à la plateforme en ligne », souligne le ministre Hodabalo Awaté.
- « Votre engagement doit servir le développement harmonieux de nos régions », rappelle-t-il aux conseillers régionaux.
- « Il faut renforcer la compréhension des rôles et créer une meilleure synergie entre les acteurs », explique le préfet Atinaka Kossi.
- « La validation de la politique nationale de la décentralisation marque une étape clé », poursuit-il.
- « L’humilité est essentielle pour un leadership féminin fort », estime la maire Adjo Agbaglo.
- « Le maire ne respecte pas les textes et minimise les obligations légales », déplore Richard Agouzou, conseiller à Kozah 1.
Une décentralisation en place, mais encore loin de sa pleine maturité
Ce premier mandat a permis d’enraciner la gouvernance locale et de former une nouvelle génération d’élus. Mais les défis restent nombreux : financements instables, capacités techniques variables, relations institutionnelles délicates.
L’enjeu du second mandat sera de transformer les fondations posées en une décentralisation pleinement fonctionnelle, capable d’améliorer concrètement la vie des citoyens.