Les relations entre le Togo et le Bénin traversent une zone de turbulences persistantes, alimentées par une succession de dossiers sensibles non résolus. De l’affaire Reckya Madougou aux soupçons entourant le lieutenant-colonel Pascal Tigri, les signaux d’une discorde latente entre Lomé et Cotonou se multiplient.
Au Bénin, la récente tentative de coup d’État contre le président Patrice Talon a ravivé les interrogations. Cinq jours après les faits, l’un des points centraux demeure la localisation du principal suspect. Selon des informations relayées par le magazine Jeune Afrique le 10 décembre, le lieutenant-colonel Pascal Tigri aurait trouvé refuge à Lomé. Cette information n’a, à ce stade, fait l’objet ni de confirmation ni de démenti officiel de la part des autorités togolaises.
Si cette présence venait à être avérée, elle pourrait accentuer une relation diplomatique déjà fragile. Car les tensions entre les deux pays ne sont pas nouvelles et reposent sur plusieurs dossiers sensibles.
L’un des principaux points de crispation reste l’affaire Reckya Madougou. Ancienne proche du président togolais et figure de l’opposition béninoise, elle a été condamnée en décembre 2021 à vingt ans de prison pour financement du terrorisme. Malgré des tentatives de médiation régionales, sa libération n’a jamais abouti, alimentant une incompréhension durable entre Lomé et Cotonou.
À cela s’ajoutent des accusations de déstabilisation. En 2021, un député béninois, Rachidi Gbadamassi, avait affirmé avoir été approché au Togo pour participer à un projet visant à fragiliser les institutions béninoises. Aucune preuve formelle n’a toutefois été produite, mais ces déclarations ont renforcé la méfiance au sommet des deux États.
Pour David Dosseh, acteur de la société civile togolaise, cette défiance n’est pas récente. Il rappelle que le président béninois avait déjà, par le passé, laissé entendre que des perturbations politiques au Bénin trouvaient leur origine à l’extérieur, sans jamais citer explicitement le Togo. Les récents événements ne feraient, selon lui, qu’exacerber une tension déjà installée.
Un autre épisode a contribué à détériorer davantage le climat : l’enlèvement à Lomé, en août 2024, du cyberactiviste béninois Steeve Amoussou, connu sous le nom de “Frère Hounvi”, puis son transfert à Cotonou. Cet événement a renforcé le malaise, d’autant que plusieurs opposants et journalistes béninois se sont installés au Togo ces dernières années.
Les divergences s’étendent également au plan régional, notamment sur la gestion de la crise avec l’Alliance des États du Sahel (AES). Tandis que Lomé privilégie une approche de dialogue et de rapprochement avec les pays sahéliens, Cotonou a adopté une ligne plus ferme, soutenant à un moment l’option d’une intervention de la Cédéao après le coup d’État au Niger en 2023.
Paul Amegakpo, directeur de l’Institut Tamberma pour la gouvernance, regrette une relation bilatérale qui ne reflète pas la proximité historique et socioculturelle entre les peuples des deux pays. Selon lui, depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon en 2016, les occasions de coopération visible et de rapprochement politique au plus haut niveau sont restées rares.
Dans ce contexte déjà tendu, la présence supposée de Pascal Tigri à Lomé pourrait constituer un nouveau facteur de crispation. Le silence observé par les autorités togolaises alimente les spéculations et est perçu par certains observateurs comme un signe d’embarras diplomatique.