Depuis plusieurs jours, des équipes mandatées par l’État sillonnent le Grand Lomé pour identifier et matérialiser les réserves administratives. Cette opération, confiée à des entreprises privées sélectionnées à l’issue d’appels d’offres, intervient un an après un premier avertissement adressé aux populations concernées.
Officiellement, l’objectif est de recenser et sécuriser les domaines appartenant à l’État. Toutefois, sur le terrain, les méthodes employées suscitent incompréhension et inquiétude. Des plaques sont implantées de manière jugée désordonnée, parfois dans des zones occupées depuis des décennies par des habitants qui affirment n’avoir jamais été informés de la nature administrative des terrains concernés.
Traditionnellement, la gestion des réserves de l’État relève des municipalités. Or, l’opération actuelle est pilotée par des structures relevant de la Présidence du Conseil, sans implication directe des mairies. Cette situation alimente les interrogations, d’autant plus que certains espaces connus comme réserves administratives, notamment dans la commune de Golfe 2, n’auraient pas encore été concernés par l’implantation des plaques.
Dans plusieurs quartiers, dont Sagbado Agotimé, des plaques annonçant l’existence de « réserves administratives » ont commencé à apparaître dans des zones entièrement bâties. Des maisons, parfois à étages, entourent ces emplacements, accentuant la crainte des riverains quant à l’avenir de leurs habitations et à la sécurité juridique de leurs biens.
Selon des sources administratives, l’opération ne viserait pas, à court terme, des déguerpissements. Elle aurait plutôt pour but d’amener les occupants à présenter les documents attestant de la régularité de leur occupation afin que les autorités puissent en tenir compte. Néanmoins, cette explication peine à rassurer des habitants qui estiment n’avoir jamais été inquiétés malgré des constructions anciennes et connues des services publics.
La démarche soulève également la question du traitement équitable des situations. Certains rappellent que des réserves auraient été occupées, au fil des années, par des services de l’État ou des particuliers influents, sans susciter d’intervention similaire. D’autres s’interrogent sur le sort des occupations de voies publiques tolérées depuis longtemps par les municipalités.
Pour plusieurs observateurs, une publication préalable de l’état des lieux, fondée sur les plans officiels des mairies, aurait permis de clarifier la situation et d’éviter les tensions actuelles. À défaut de transparence et de concertation, l’identification des domaines de l’État risque, selon eux, d’accentuer un climat déjà sensible, en mélangeant des situations anciennes et complexes avec de nouvelles décisions administratives.