Le 15 août 2025, une émission interactive diffusée en mina sur une radio de Lomé a posé une question qui résonne profondément : « Quel avenir pour la jeunesse togolaise ? ». Le sujet a suscité un tel engouement que l’heure d’antenne n’a pas suffi à accueillir tous les auditeurs désireux d’intervenir.
Au centre du débat : les causes de la léthargie qui semble gagner une partie de la jeunesse et les pistes de solutions possibles. Les avis étaient partagés : pour certains, le gouvernement porte une part de responsabilité ; pour d’autres, la faute incombe aux parents ou encore aux jeunes eux-mêmes.
Une jeunesse jugée apathique
De nombreux participants ont critiqué les jeunes, les qualifiant de paresseux, attirés par les gains faciles et peu enclins à l’effort. Selon eux, beaucoup refusent d’apprendre un métier, alors même que des opportunités existent. Certains intervenants, à l’image d’un ancien tailleur, ont témoigné de leur parcours difficile, rappelant qu’ils ont dû quitter leur village avec presque rien pour se battre et apprendre un métier manuel.
Pour ces voix nostalgiques d’une autre époque, la jeunesse d’aujourd’hui manque de courage, refuse le travail manuel et préfère rêver d’emplois “de bureau” plutôt que de se rendre utile sur le terrain.
L’éducation et la culture du travail en question
Le débat a également soulevé un point essentiel : le décalage entre l’éducation scolaire et la réalité socio-économique du pays. Dans les familles rurales, l’enfant apprend naturellement le métier de ses parents — paysan, forgeron, commerçant. Cette éducation informelle forge le goût de l’effort et la compréhension des réalités quotidiennes.
En revanche, dans les milieux urbains, l’école moderne a souvent coupé les enfants de leur environnement. Après 20 ans d’études, beaucoup se retrouvent sans repères pratiques, incapables d’exercer une activité manuelle ou artisanale. La question se pose alors : comment un diplômé universitaire pourrait-il du jour au lendemain devenir maçon, menuisier ou agriculteur, sans préparation préalable ?
Repenser le modèle éducatif
La discussion met en lumière la nécessité de réinterroger le modèle éducatif hérité de la colonisation. Ce système, orienté vers la théorie et les diplômes, semble avoir produit plus de chômeurs que de créateurs de valeur. Les sociétés africaines traditionnelles ne connaissaient pas le chômage : chacun avait un rôle, un savoir-faire, une utilité.
Il devient donc urgent d’adapter l’école aux réalités locales, en y intégrant des activités pratiques, agricoles, artisanales ou techniques dès le jeune âge. Fréquenter l’école ne devrait pas signifier rupture avec les traditions et les savoirs de son milieu.
Pour une jeunesse reconnectée à ses racines
L’avenir de la jeunesse togolaise dépendra de sa capacité à réconcilier savoir académique et compétences pratiques. Il ne s’agit pas de rejeter l’école, mais de la compléter par une éducation qui valorise le travail, la créativité, et la connaissance du terrain.
Les jeunes doivent comprendre que la dignité réside dans l’effort et la maîtrise d’un métier, quel qu’il soit. Quant à la société, elle doit créer un environnement propice où ces efforts sont reconnus, soutenus et récompensés.