À la veille de l’ouverture du 9ᵉ Congrès panafricain à Lomé, le débat autour du panafricanisme reprend avec vigueur. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une idéologie dévoyée, récupérée autant par certains régimes autoritaires que par des influenceurs opportunistes. Parmi eux, l’universitaire et activiste togolais Ayayi Togoata Apédo-Amah met en garde contre ce qu’il considère comme une trahison profonde de l’esprit originel du panafricanisme.
Un idéal détourné et instrumentalisé
Alors que les appels au boycott du congrès se multiplient, ses promoteurs rappellent que le panafricanisme, par essence, devrait soutenir les peuples africains et non servir de caution à des gouvernements accusés d’autoritarisme. Pour les critiques, il n’est pas acceptable qu’un événement censé défendre l’émancipation africaine devienne une plateforme de légitimation politique.
Apédo-Amah distingue plusieurs catégories : les dirigeants qui utilisent le discours panafricaniste comme outil de propagande, les militants sincèrement engagés dans la quête de libération africaine, et enfin ceux qu’il qualifie de « mercenaires du panafricanisme ». Ces derniers, très présents sur les réseaux sociaux, se présenteraient comme des intellectuels alors qu’ils seraient motivés avant tout par des intérêts personnels ou financiers.
Le panafricanisme originel, un projet de libération
L’idéologie panafricaniste, formulée au début du XXᵉ siècle, avait pour ambition la libération du continent et de ses diasporas du joug colonial et impérialiste. Elle reposait sur l’unité, la souveraineté, le développement collectif et la valorisation des cultures africaines.
Mais pour Apédo-Amah, cette vision a été brouillée par des manipulations politiques et médiatiques. Les mots sont déformés, les discours détournés, et le terme « panafricanisme » devient parfois un slogan utilisé pour masquer des pratiques autoritaires.
Une rhétorique qui contraste avec les réalités politiques
Selon lui, les régimes les plus contestés sont souvent ceux qui brandissent le plus bruyamment l’étendard panafricaniste, alors même que leur gouvernance repose sur la répression, la censure, les arrestations politiques et un pluralisme limité. Une contradiction fondamentale : comment défendre l’unité et la dignité africaines tout en maltraitant son propre peuple ?
Pour l’intellectuel, il s’agit d’une stratégie bien rodée : face aux échecs économiques et sociaux, certains dirigeants s’appuient sur la popularité du discours panafricaniste pour détourner l’attention et créer un récit héroïque, tandis que la réalité quotidienne reste marquée par la pauvreté, la corruption et le manque de perspectives.
Quand le discours devient un marché
Apédo-Amah dénonce également la professionnalisation du discours panafricaniste par des « entrepreneurs idéologiques » qui en font un commerce. Certains se mettraient au service des régimes les plus offrants ou de puissances étrangères, tout en se présentant comme défenseurs de la souveraineté africaine.
Ce double jeu, selon lui, finit par se retourner contre ses auteurs : une partie croissante de l’opinion publique africine questionne désormais leur crédibilité.
Le boycott du congrès de Lomé, un acte politique
Pour Apédo-Amah, le boycott du congrès n’est pas une posture, mais une prise de position éthique. Il juge inconcevable d’organiser des assises panafricanistes dans un pays où le pouvoir serait exercé de manière continue par la même élite depuis plusieurs décennies. Selon lui, participer à l’événement reviendrait à cautionner une situation politique rejetée par une large partie de la population togolaise.
Il conclut en affirmant qu’aucune idéologie, même le panafricanisme, ne doit primer sur les droits et les aspirations d’un peuple. Pour lui, sacrifier le peuple togolais sur l’autel d’un discours politique serait une faute grave.