Affaibli par la maladie mais toujours aussi lucide, Michel Nadim Kalif maintient son analyse sans concession sur la situation du Togo. Près de vingt ans après la parution de son essai Pourquoi le Togo va si mal ?, l’économiste estime que les problèmes structurels du pays demeurent largement entiers.
Alors que les autorités mettent en avant des réformes et des projets de modernisation, il considère que ces avancées ne se traduisent pas suffisamment dans le quotidien des populations. Derrière les statistiques officielles, une grande partie des Togolais continue de faire face à la précarité et à une perte progressive de pouvoir d’achat.
Reconnu pour son indépendance d’esprit, Michel Nadim Kalif se positionne comme un analyste engagé, mais non partisan. Son approche repose sur un principe central : la qualité de la gouvernance. Selon lui, toute relance économique durable exige d’abord un cadre institutionnel crédible.
Dans un entretien accordé au média “Afrique En Ligne”, il insiste sur la nécessité d’une justice transparente capable de restaurer la confiance des citoyens. Il appelle également à une meilleure transparence fiscale afin d’assurer la collecte intégrale des ressources publiques.
L’économiste pointe du doigt l’impunité économique, évoquant l’enrichissement d’une minorité au cours des deux dernières décennies sans contribution fiscale proportionnée. Il déplore aussi la disparition de ressources considérables qui, selon lui, n’ont fait l’objet ni d’investigations approfondies ni de poursuites significatives. Cette situation alimente un sentiment d’injustice largement partagé.
Au-delà des critiques, Michel Nadim Kalif avance des propositions concrètes destinées à soulager les ménages les plus fragiles. Il rappelle qu’environ 60 % de la population vit dans des conditions économiques difficiles, ce qui rend urgente l’adoption de mesures sociales ciblées.
Parmi ses recommandations figure la gratuité des transports publics pour les assurés sociaux. Une telle initiative permettrait, selon lui, de réduire les charges mensuelles des foyers de 10 000 à 30 000 francs CFA.
Il préconise également la mise en place d’un mécanisme public de régulation des prix des produits de première nécessité. À ses yeux, la libéralisation complète du marché a exposé les consommateurs à des fluctuations excessives et à certaines pratiques spéculatives. Une structure nationale dédiée pourrait contribuer à stabiliser ces prix.
Plus largement, l’économiste estime que le véritable défi dépasse les seules politiques économiques. Il s’agit avant tout de restaurer un climat de confiance entre l’État et les citoyens, condition essentielle d’un développement équilibré.
Pour Michel Nadim Kalif, le paradoxe togolais réside dans le contraste entre le potentiel du pays et la réalité vécue par la majorité de la population. Position géographique stratégique, port en eau profonde et relative stabilité institutionnelle constituent des atouts majeurs. Pourtant, ces avantages ne se traduisent pas toujours par une amélioration concrète des conditions de vie.
Malgré la maladie, il poursuit sa réflexion avec détermination. Sa voix, bien que fragilisée, continue de porter un message clair : sans transparence, sans justice économique et sans volonté réelle de corriger les déséquilibres structurels, les réformes risquent de produire des effets limités.
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