Le 9ᵉ Congrès panafricain, organisé à Lomé, a rassemblé des Africains du continent, des Afrodescendants et des membres des diasporas autour des principaux enjeux du panafricanisme contemporain. À l’issue de cet événement, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a dressé un bilan des décisions et perspectives pour l’avenir.
Selon Robert Dussey, le message principal de la déclaration finale est clair : le panafricanisme entre dans une phase axée sur les résultats. Il ne s’agit plus seulement de conscience ou de commémoration, mais de transformer ce mouvement en un levier diplomatique, politique, économique et culturel capable d’influencer concrètement l’ordre mondial.
Le Congrès a également critiqué l’architecture internationale héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale, estimant qu’elle marginalise toujours l’Afrique malgré son importance démographique et géopolitique. Les participants ont souligné la nécessité de réformer le système multilatéral pour construire un ordre mondial plus juste et représentatif, en accord avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
La déclaration insiste sur l’unité stratégique entre l’Afrique et sa diaspora. Robert Dussey explique que face aux crises sanitaires, climatiques, sécuritaires et économiques, aucun État africain ne peut agir seul. L’objectif est de parler d’une seule voix et de créer une alliance panafricaine fondée sur des valeurs endogènes, comme la philosophie Ubuntu, pour peser dans les grandes négociations internationales.
Le Congrès a aussi abordé la question des réparations et de la justice réparatrice. La position adoptée est sans équivoque : la reconnaissance des crimes historiques, tels que l’esclavage, la colonisation ou l’apartheid, est essentielle. Des excuses officielles et des processus de réparation conformes au droit international sont demandés, et la création d’un Observatoire panafricain de la justice réparatrice permettra de structurer cette lutte dans la durée.
Une attention particulière a été portée aux formes contemporaines de discrimination, notamment le racisme algorithmique. Le Congrès souligne que la lutte contre le racisme doit être moderne et adaptée aux réalités numériques et technologiques du XXIᵉ siècle.
Sur le plan institutionnel, le Congrès réaffirme les revendications africaines pour la réforme des Nations unies : deux sièges permanents avec droit de veto au Conseil de sécurité et cinq sièges non permanents, ainsi que la création d’un mécanisme permanent de coordination diplomatique africaine et le renforcement des alliances transrégionales.
Le Congrès a également mis l’accent sur la “décolonisation de l’esprit”, visant à reprendre le contrôle des récits, savoirs et systèmes éducatifs africains. La valorisation des langues africaines, des curricula afrocentriques et la restitution des biens culturels sont considérées comme essentielles pour la souveraineté culturelle et la mémoire collective.
L’aspect économique a été au centre des discussions, avec un appel au développement autocentré. Le Congrès propose des outils concrets pour mobiliser les ressources endogènes, la diaspora, et renforcer la transformation locale des matières premières, tout en limitant la vulnérabilité externe et en consolidant la souveraineté économique.
En tant que pays hôte, le Togo est chargé de coordonner le suivi des recommandations avec l’Union africaine. Un comité de suivi et un bureau permanent du Congrès seront mis en place, et l’idée d’une Journée panafricaine de mémoire sera portée à l’échelle internationale. Le panafricanisme devient ainsi un processus structuré et suivi, plutôt qu’un simple rendez-vous symbolique.
Le président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé, soutient pleinement ces initiatives, promouvant un panafricanisme pragmatique, orienté vers l’action, la stabilité et des résultats concrets. Le Togo entend jouer un rôle de facilitateur et de passerelle diplomatique pour concrétiser cette ambition collective.