Le 10 septembre 2025, la scène Jimi Hope de l’Institut français du Togo a accueilli un procès fictif inédit. À l’occasion du 10e anniversaire des Joutes Verbales Francophones (JVF), les légendaires Nana Benz se sont retrouvées, symboliquement, sur le banc des accusées.
Figures mythiques du commerce du wax dès les années 1960, ces commerçantes togolaises ont façonné l’économie nationale et marqué l’imaginaire collectif. Mais pour ce procès symbolique, le parquet leur a reproché plusieurs « manquements » :
- la non-transmission de leur savoir-faire commercial,
- le manque de promotion des tissus locaux,
- l’absence de stratégie face à la concurrence des pagnes à bas prix,
- ainsi que leurs relations étroites avec les pouvoirs en place.
Pour « réparer » ce préjudice économique et social, le parquet a requis une amende de 70 millions de FCFA, censée soutenir l’entrepreneuriat féminin.
La défense, elle, a célébré l’héritage des Nana Benz, rappelant que ces pionnières parties de rien avaient hissé Lomé au rang de capitale africaine du textile.
« Nous avons donné une âme au pagne. Nos Mercedes n’étaient pas un luxe, mais un symbole de victoire dans une société qui voulait nous rendre invisibles », a plaidé la représentante des accusées, soulignant aussi leurs investissements dans l’éducation et le développement social.
Un verdict symbolique
Au terme de débats passionnés, la Cour a rendu son jugement : non coupables, mais condamnées à verser une indemnité symbolique de 70 millions de FCFA. Une somme destinée non pas à sanctionner, mais à financer un monument à leur gloire, cofinancé par l’État, afin de préserver leur mémoire et transmettre leur héritage.
Mémoire et héritage
Entre célébration et interpellation, ce procès fictif a mis en lumière le paradoxe des Nana Benz : des femmes ayant bâti un empire économique hors norme, mais dont l’histoire demeure encore trop marginalisée dans les récits nationaux.
Pour Farida Moustapha, coordinatrice des JVF, ce verdict illustre avant tout « la volonté de réhabiliter et transmettre aux générations futures l’héritage des Nana Benz ».