Le 12 août 2025, Emmanuel Macron a officiellement reconnu, dans une lettre adressée à Paul Biya, l’implication de la France dans la guerre coloniale du Cameroun (1945-1971). Cette correspondance s’appuie sur les travaux d’une commission d’historiens franco-camerounais qui a étudié durant près de deux ans le rôle de Paris dans ce conflit, survenu avant et après l’indépendance de 1960.
« Une guerre avait eu lieu au Cameroun au cours de laquelle les autorités coloniales et l’armée française ont exercé plusieurs types de violences répressives », écrit le président français, ajoutant qu’il lui « appartient aujourd’hui d’assumer le rôle et la responsabilité de la France dans ces événements ».
Cette reconnaissance a suscité des débats en France. Certains saluent une avancée symbolique et politique, après l’Algérie et le Rwanda. D’autres critiquent une démarche jugée insuffisante, ou encore le choix du timing, alors que le Cameroun se prépare à une élection où Paul Biya, considéré comme héritier du système instauré à l’époque, brigue un nouveau mandat. Des appels à des réparations matérielles se multiplient déjà au Cameroun, soutenus par la société civile.
Un silence persistant sur le Togo
Si Paris engage une politique de mémoire vis-à-vis du Cameroun, le Togo reste largement absent de cette dynamique. Le 13 janvier 1963, le président Sylvanus Olympio était assassiné lors du premier coup d’État militaire en Afrique noire indépendante. Un événement fondateur pour le pays, mais encore entouré de zones d’ombre.
Comparé à l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo belge, qui fait l’objet d’une procédure judiciaire en Belgique prévue en janvier 2026 avec l’audition du dernier témoin vivant, le drame togolais semble relégué à la périphérie des relations franco-africaines. Pourtant, la trajectoire coloniale du Togo, depuis le mandat de la SDN jusqu’à l’indépendance, présente des similitudes avec celle du Cameroun.
Plusieurs historiens et acteurs politiques estiment que la France ne peut ignorer cette page de l’histoire. Les accusations d’une implication française, qu’elles soient fondées ou non, continuent de hanter la mémoire collective togolaise.
Une nécessité d’archives ouvertes
Pour avancer vers une véritable réconciliation mémorielle, il est urgent que les archives liées à ces événements soient rendues accessibles en France, mais aussi au Togo. Dans un contexte marqué par le numérique et les nouveaux défis liés à la gestion de l’information, une législation adaptée sur l’ouverture des archives apparaît indispensable.
Éclairer les circonstances de la mort de Sylvanus Olympio ne serait pas seulement un geste de justice historique, mais aussi une contribution à la consolidation démocratique et au respect de la mémoire nationale.