Le Togo, marqué par plusieurs décennies de tensions socio-politiques sous le régime Gnassingbé, est devenu ces dernières années un terrain où certaines figures se réclamant du panafricanisme voient leur crédibilité sérieusement remise en cause. Pour de nombreux observateurs, le pays apparaît aujourd’hui comme un révélateur des contradictions et des ambiguïtés de ceux qui se présentent comme des défenseurs de l’Afrique tout en entretenant des relations étroites avec des régimes autoritaires.
Parmi ces figures, Alain Foka, autrefois très présent dans l’espace médiatique panafricaniste, semble avoir perdu de son influence au Togo. Son initiative Manssah, présentée comme un projet ambitieux, est perçue par ses détracteurs comme une structure sans réel impact, illustrant selon eux les limites d’un panafricanisme davantage symbolique que concret.
L’arrivée récente de Franklin Nyamsi à Lomé, à l’occasion du neuvième Sommet panafricain, a également suscité de vives critiques. Le Franco-Camerounais, souvent présenté comme un intellectuel engagé, est accusé par ses opposants de tenir un discours fluctuant, guidé davantage par des intérêts personnels que par des convictions constantes. Son silence sur les critiques qu’il formulait auparavant à l’encontre du régime togolais a été interprété par certains comme un renoncement à ses principes affichés.
Ces critiques rappellent aussi les prises de position passées de Nyamsi à l’égard de dirigeants africains, parfois violemment dénoncés avant d’être ensuite soutenus, ce qui alimente l’accusation de double discours. Pour ses détracteurs, son rapprochement avec le pouvoir togolais s’inscrirait dans cette logique, au détriment des aspirations démocratiques du peuple.
Le débat s’élargit également à d’autres personnalités souvent associées au panafricanisme médiatique, comme Nathalie Yamb ou Kémi Séba. Leurs positions et alliances sont régulièrement scrutées, notamment lorsqu’elles semblent privilégier la proximité avec des dirigeants contestés plutôt que le soutien aux mouvements démocratiques et aux oppositions politiques.
Certains observateurs soulignent par ailleurs une contradiction récurrente : des figures très critiques envers certains États d’Afrique de l’Ouest restent étonnamment discrètes sur la situation politique de leurs propres pays d’origine, à l’image du Cameroun, confronté depuis des décennies à une gouvernance fortement contestée.
Pour de nombreux Africains engagés, le panafricanisme ne peut se résumer à des prises de parole spectaculaires sur les réseaux sociaux ni à des alliances opportunistes avec des régimes autoritaires. Ils estiment qu’il doit s’inscrire dans une démarche cohérente, fondée sur la défense des libertés, la solidarité entre les peuples et une véritable union du continent.
À défaut, préviennent-ils, le panafricanisme risque de perdre son sens et de trahir l’héritage de ses figures fondatrices comme Kwame Nkrumah, Sylvanus Olympio ou Patrice Lumumba, dont le combat reposait avant tout sur l’émancipation réelle des peuples africains.