Le gouvernement togolais affirme que le taux national d’électrification a atteint 75 %. Une annonce présentée comme une avancée majeure, mais qui suscite de sérieux doutes au regard des réalités vécues par les populations.
Selon les chiffres officiels du ministère en charge de l’Énergie et des Ressources minières, ce taux représenterait une progression de cinq points par rapport à 2024, où la couverture était estimée à 70 %. Les autorités y voient le résultat des investissements consentis ces dernières années pour étendre l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire.
Plusieurs projets sont régulièrement mis en avant pour étayer cette performance : l’extension et le renforcement du réseau électrique, la modernisation de postes existants, le développement de nouvelles capacités de production, notamment avec la centrale solaire de Blitta, ainsi que divers projets photovoltaïques. À cela s’ajoutent le programme CIZO, axé sur la diffusion de kits solaires individuels, et le Fonds Tinga, destiné à faciliter le raccordement des ménages à faibles revenus. L’ensemble bénéficie du soutien de partenaires techniques et financiers tels que la Banque mondiale et la BOAD, dans une logique affichée de renforcement de la sécurité énergétique.
Cependant, ces statistiques officielles contrastent fortement avec la situation sur le terrain. Dans les zones rurales, le taux d’accès à l’électricité reste inférieur à 35 %, un écart que les autorités reconnaissent, tout en promettant des efforts pour le réduire. Mais au-delà des campagnes, même dans la capitale Lomé, de nombreux quartiers subissent des coupures fréquentes et prolongées, souvent qualifiées de « régime araignée » par les usagers.
Dans les villes de l’intérieur du pays, l’accès à une électricité stable et continue demeure encore plus incertain, rendant difficile toute activité économique durable et pesant lourdement sur le quotidien des ménages.
Pour de nombreux observateurs, le décalage entre les chiffres annoncés et la réalité vécue pose la question de la fiabilité des indicateurs mis en avant. Ils estiment que se satisfaire de statistiques flatteuses, sans s’attaquer aux problèmes structurels de qualité, de continuité et d’équité dans l’accès à l’électricité, risque de freiner durablement le développement du pays.
Au-delà des annonces et des projets lancés en grande pompe, c’est un changement plus profond dans la planification, l’exécution et le suivi des politiques énergétiques qui est attendu pour répondre réellement aux besoins des populations.