Dans la région des Savanes, au nord du Togo, les habitants font face à une crise sévère d’eau potable depuis plusieurs décennies, aggravée par la crise sécuritaire de 2021 et les aléas climatiques. En milieu urbain, les réseaux vétustes et le manque d’entretien des infrastructures compliquent l’accès à l’eau. En zone rurale, les habitants dépendent de retenues et sources naturelles insuffisantes, souvent situées loin de leurs habitations.
À Doungue, village perché dans la préfecture de Tandjouaré, les habitants, principalement des femmes et des jeunes filles, parcourent plusieurs kilomètres chaque jour pour collecter de l’eau dans des trous creusés à la main dans le lit des rivières asséchées. L’eau, souvent boueuse, est clarifiée avec du ciment pour pouvoir être consommée. Ces déplacements pénibles et dangereux affectent la santé, l’éducation et le quotidien des familles.
Dans les villages voisins, comme Sidik, Nataré ou Nolbagou, la situation est similaire. Les bêtes et les habitants partagent parfois la même eau, et les forages existants sont insuffisants ou hors d’usage. Le manque d’accès à l’eau potable a également des conséquences sur l’agriculture, la santé animale et la scolarisation des enfants. Les jeunes filles sont parfois contraintes au mariage précoce pour échapper à ces conditions difficiles.
Les ONG locales, telles que MECAP Togo et INADES-Formations, travaillent à la mise en place de forages et de retenues d’eau, mais la profondeur des nappes et la sécheresse compliquent les interventions. Certaines prospections nécessitent des experts étrangers et des technologies avancées pour trouver de l’eau potable.
Face à cette situation, le gouvernement togolais a initié des mesures d’urgence. Un budget de 25 milliards FCFA pour 2026 a été débloqué pour améliorer la sécurité hydrique. Des projets comme le PaSH-MUT, lancé en 2023, visent l’installation de systèmes autonomes d’approvisionnement en eau potable. L’objectif national est d’atteindre une couverture totale en eau potable d’ici 2030, mais les habitants des zones rurales restent dans l’attente d’infrastructures durables.
La crise de l’eau dans le nord du Togo reflète un défi global : selon un rapport de l’Université des Nations Unies, plus de 2,2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable de manière sécurisée, et environ 4 milliards subissent une pénurie d’eau sévère au moins un mois par an. La situation dans les Savanes illustre la vulnérabilité des populations rurales face à cette « faillite hydrique », accentuée par le changement climatique et l’insuffisance des infrastructures.