Le projet de loi de finances 2026 suscite de fortes interrogations quant à la soutenabilité des finances publiques togolaises. À force d’augmenter les enveloppes budgétaires sans un contrôle rigoureux de l’endettement, le risque est réel de fragiliser durablement l’économie nationale. Lorsque le service de la dette, le poids global des emprunts et les charges salariales absorbent l’essentiel des ressources, la promesse de développement devient difficile à tenir. Comparé à l’exercice précédent, le budget proposé pour 2026 apparaît préoccupant.
Sans prétendre analyser l’ensemble du document, certains agrégats clés permettent de mieux comprendre les orientations retenues et leurs implications. Le projet de budget est évalué à 2 740,5 milliards de FCFA. Il repose sur des recettes budgétaires estimées à 1 615,4 milliards de FCFA, issues principalement des recettes fiscales, des ressources non fiscales et des dons-projets.
À ces ressources s’ajoutent des recettes de trésorerie projetées à 1 097,4 milliards de FCFA. Celles-ci proviennent en grande partie des émissions de titres publics, des emprunts liés à des projets et d’autres financements attendus sur les marchés. La question centrale reste toutefois l’utilisation de ces ressources, notamment au regard des dépenses prévues.
Pour l’année 2026, les intérêts de la dette publique devraient mobiliser près de 188,6 milliards de FCFA, soit environ 11,7 % des recettes budgétaires. Les dépenses de personnel atteindraient quant à elles 373,5 milliards de FCFA, représentant plus de 23 % des mêmes recettes. Ces deux postes, à eux seuls, exercent une pression considérable sur le budget de l’État.
La situation est encore plus marquante du côté de la trésorerie. Les remboursements des emprunts à court, moyen et long termes sont estimés à 880,9 milliards de FCFA. Rapportés aux ressources de trésorerie prévues, ces remboursements absorbent plus de 80 % des disponibilités attendues pour 2026. Une telle configuration laisse peu de marges pour financer les secteurs prioritaires et les politiques publiques essentielles.
L’évolution de certaines dépenses renforce ces inquiétudes. Les charges de personnel augmentent de près de 18 milliards de FCFA par rapport à 2025, une progression supérieure à 5 %. Cette hausse est en partie liée à l’élargissement des institutions politiques et administratives. En revanche, les investissements publics progressent très modestement, avec une augmentation inférieure à 9 milliards de FCFA, ce qui interroge sur la capacité du budget à soutenir réellement la croissance.
Parallèlement, le coût des intérêts de la dette connaît une nouvelle hausse, tandis que le volume total des remboursements de la dette intérieure et extérieure bondit de près de 24 % en un an. Cette dynamique alimente le sentiment que l’endettement progresse plus vite que la capacité du pays à mobiliser ses ressources propres.
L’analyse du ratio entre la dette et les ressources de trésorerie confirme cette tendance. Déjà élevé en 2025, ce ratio devrait encore se détériorer en 2026. À ce rythme, le risque existe de voir, à terme, l’essentiel des ressources de trésorerie consacré au seul remboursement de la dette, au détriment des besoins de développement.
Ces constats soulèvent plusieurs interrogations. Quel est l’intérêt de recourir massivement au marché financier régional si la dette ne suit pas une trajectoire maîtrisée ? Que deviendrait le budget de l’État en cas de difficultés d’accès aux financements extérieurs ? Autant de questions qui appellent des réponses claires.
Les subventions inscrites au budget précédent alimentent également le débat. Malgré des montants importants alloués au gaz butane et aux produits pétroliers, les consommateurs n’ont pas constaté de baisse significative des prix. Une clarification s’impose sur l’utilisation effective de ces fonds.
Enfin, certains observateurs estiment qu’un effort accru pourrait être demandé aux ménages les plus aisés afin de renforcer les recettes publiques, à condition de disposer d’outils fiables, comme un fichier patrimonial opérationnel. Reste à savoir si le Parlement jouera pleinement son rôle de contrôle et de débat, dans un contexte où le temps et les rapports de force politiques pèsent lourdement sur les décisions.