L’organisation internationale ARTICLE 19 a tiré la sonnette d’alarme sur la détérioration rapide de la situation des droits civiques et politiques au Togo, dénonçant une « dérive autoritaire » marquée par la répression des manifestations, les arrestations d’activistes et les atteintes à la liberté d’expression, notamment en ligne.
Dans un communiqué publié cette semaine, l’ONG estime que le pays connaît une fermeture progressive de l’espace démocratique, aggravée depuis la réforme constitutionnelle de 2024, qui a transformé le régime présidentiel en un système parlementaire, supprimant l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Cette réforme, largement perçue comme un moyen de prolonger le pouvoir du président Faure Gnassingbé, a conduit à de fortes tensions politiques et sociales.
« Là où l’espace civique se rétrécit, la démocratie s’étouffe et les droits fondamentaux perdent leur sens », a déclaré Alfred Nkuru Bulakali, directeur régional d’ARTICLE 19 pour l’Afrique de l’Ouest. « Lorsque la parole, l’association et la contestation deviennent des menaces, ces droits cessent d’être des garanties pour devenir des privilèges. »
🔴 Arrestations et répression des voix dissidentes
Entre août et octobre 2025, plusieurs cas illustrent ce rétrécissement de l’espace civique :
- Le 3 octobre 2025, la militante Grâce Koumayi Biyoki, sage-femme et défenseure des droits humains, a été arrêtée à son domicile à Agoè-Nyivé et placée sous mandat de dépôt pour « appel à la révolte » après la diffusion d’une vidéo critique.
- Le même jour, le procureur Talaka Mawama a menacé de poursuites tout usage « abusif » des réseaux sociaux, renforçant le contrôle sur la liberté d’expression numérique.
- Le 19 septembre 2025, le rappeur Aamron, connu pour ses textes engagés contre la dictature, a été interpellé puis placé sous contrôle judiciaire.
- Le 17 septembre, Marguerite Gnakadé a été arrêtée pour « incitation à la révolte » et « trouble à l’ordre public ».
- Le 30 août 2025, une manifestation du Mouvement du 6-Juin (M66) à Lomé contre la cherté de la vie et la réforme constitutionnelle a été violemment dispersée par les forces de sécurité.
- Le 22 août, deux jeunes militants du mouvement Tournons La Page, Armand Agbleze et Oséi Agbagno, ont été arrêtés par des agents en civil et conduits au SCRIC sans mandat.
⚖️ Violations multiples du droit international
ARTICLE 19 souligne que ces pratiques violent les engagements internationaux du Togo, notamment :
- le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP),
- la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP),
- et la Convention contre la torture (CAT).
Elles contreviennent aussi à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), garantissant la liberté d’expression, ainsi qu’à la Résolution 169 de la Commission africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information.
L’organisation dénonce également le recours excessif à la force contre les manifestants pacifiques et les détentions prolongées sans procès équitable, contraires aux normes internationales en matière de maintien de l’ordre.
📢 L’appel d’ARTICLE 19
L’ONG demande aux autorités togolaises de :
- libérer immédiatement toutes les personnes détenues pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux ;
- abroger les lois liberticides restreignant la liberté d’expression, de réunion et d’association ;
- et garantir un espace civique libre, pluraliste et sécurisé, conformément aux engagements internationaux du Togo.
« Le Togo doit renouer avec l’esprit de dialogue et de respect des droits humains s’il veut retrouver la confiance de sa population et de ses partenaires », conclut ARTICLE 19.